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Le journal TDAH de Cansu
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Meltdown, shutdown et explosions émotionnelles dans le TDAH

Qu’est-ce qu’un meltdown ou un shutdown, et en quoi diffèrent-ils des explosions émotionnelles du TDAH ? Déclencheurs, évolution, récupération, que faire.

Cansu10 min de lectureLong

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Il y a trois scènes différentes, et de l’extérieur, les trois se lisent comme une perte de contrôle.

Dans la première, quelqu’un pleure, crie, se jette au sol ou quitte la pièce. Dans la deuxième, quelqu’un ne fait rien : il ne parle pas, ne bouge pas, ne répond pas aux questions. Dans la troisième, quelqu’un s’enflamme d’un coup, puis dix minutes plus tard reprend le cours des choses comme si rien ne s’était passé.

Ces trois scènes ont chacune leur nom et chacune leur mécanisme. Quand on les confond, on intervient mal, et une mauvaise intervention rallonge les trois.

Je n’ai pas de diagnostic d’autisme et je ne vais pas m’en attribuer un. La troisième scène, je la connais à travers mon propre TDAH ; les deux premières, je les rapporte à partir de mes lectures.

Qu’est-ce qu’un meltdown (effondrement)

Le meltdown, décrit dans le contexte de l’autisme, est une réaction à un dépassement de capacité. Il apparaît quand la charge sensorielle, la charge sociale, l’incertitude et la fatigue accumulée s’empilent les unes sur les autres.

Ce avec quoi on le confond le plus souvent, c’est la crise de colère, et la différence est capitale : la crise de colère a un but, c’est-à-dire qu’elle sert à obtenir quelque chose et qu’elle demande un public. Le meltdown n’a pas de but. Il se produit aussi quand personne ne regarde, et la personne souhaite l’arrêter au moins autant que son entourage.

Dans l’étude de Phung et de ses collègues (2021), menée par entretiens avec des enfants et des adolescents autistes, cette distinction est formulée directement. C’est une petite étude qualitative, donc précieuse pour comprendre, pas pour généraliser. Ce que les récits ont en commun : les signes avant-coureurs existent, mais on ne les remarque pas, et une fois un seuil franchi, il n’y a plus de retour en arrière possible.

Qu’est-ce qu’un shutdown (extinction)

Le shutdown est la même surcharge, mais tournée vers l’intérieur.

Rien ne se manifeste vers l’extérieur. La parole s’arrête, les mouvements diminuent, les questions restent sans réponse, la personne se retire. Quelqu’un qui regarde de l’extérieur voit de la bouderie, du désintérêt ou de l’entêtement.

C’est pourquoi le shutdown est moins bien compris que le meltdown et reçoit moins de soutien. Dans le meltdown, au moins, on voit qu’il se passe quelque chose ; dans le shutdown, on a l’impression qu’il ne se passe rien.

Pendant un shutdown, l’erreur la plus fréquente consiste à parler davantage. « Dis quelque chose », « qu’est-ce qui s’est passé », « tu es en colère contre moi ? » : ces questions demandent encore plus de traitement du langage au moment précis où il coûte déjà le plus cher. Le résultat, c’est généralement un shutdown qui se prolonge.

Les deux tableaux peuvent aussi se succéder chez la même personne : un meltdown, puis un shutdown qui dure des heures. Autrement dit, ils ne sont pas l’alternative l’un de l’autre ; ce peuvent être les deux extrémités d’une même surcharge.

Dans les entretiens de Phung et de ses collègues (2021), il est frappant de voir ces tableaux racontés en lien avec l’inertie et avec un épuisement plus durable. Ce ne sont donc pas des événements isolés, mais le bout visible d’une accumulation.

Qu’est-ce qu’une explosion émotionnelle dans le TDAH

Ici, je peux parler depuis mon propre côté.

La régulation émotionnelle ne figure pas comme critère dans le diagnostic du TDAH, mais elle occupe une place centrale dans la recherche. La synthèse de Shaw et de ses collègues (2014) montre que la difficulté à réguler les émotions est répandue dans le TDAH tout au long de la vie et qu’elle contribue de façon importante à l’altération du fonctionnement.

Au quotidien, cela donne ceci : l’émotion arrive vite, elle arrive grosse, et l’étape intermédiaire est sautée. Entre la gêne et la colère, il n’y a pas de niveau moyen. Puis, en général, elle retombe vite, et ce qui reste, c’est la honte.

Les déclencheurs sont familiers : attendre, se heurter à un obstacle, se faire couper la parole, une tâche interrompue, la critique et surtout le sentiment de rejet. Ce dernier a un nom à part : la dysphorie sensible au rejet.

J’ai décrit ce versant en détail dans les articles sur la dérégulation émotionnelle dans le TDAH et sur les accès de colère dans le TDAH.

Où sont les différences

On peut les regrouper sous quatre rubriques.

Le déclencheur. Dans le meltdown et le shutdown, le déclencheur est en général une charge accumulée : entrées sensorielles, incertitude, fatigue sociale. Le dernier événement paraît souvent minuscule et disproportionné, parce que la vraie charge s’est constituée en amont. Dans l’explosion du TDAH, le déclencheur est en général l’événement du moment : frustration, attente, sentiment de rejet.

La vitesse. Dans le TDAH, l’explosion arrive très vite. Dans le meltdown et le shutdown, il y a en général une période de montée, une fenêtre où l’on pourrait intervenir si on la remarquait.

L’extinction. Dans le TDAH, l’émotion passe vite. Cela a un effet secondaire étrange : toi, tu oublies, mais la personne en face n’oublie pas. Dans le meltdown et le shutdown, l’extinction est beaucoup plus lente.

La récupération. C’est ici que se trouve la différence la plus parlante. Dans le TDAH, une fois l’épisode terminé, la capacité revient en grande partie. Après un meltdown ou un shutdown, on rapporte un épuisement qui dure des heures, parfois des jours.

Aucune de ces quatre rubriques n’est discriminante à elle seule, et aucune n’est un critère diagnostique. Mais ensemble, elles font apparaître un schéma, et ce schéma suffit à déterminer ce qu’il faut faire sur le moment. D’ailleurs, ce dont on a besoin en pratique, ce n’est pas un diagnostic, c’est la bonne intervention.

Le moyen le plus pratique de faire la distinction, c’est cette question : combien de temps la personne met-elle à redevenir fonctionnelle une fois l’épisode terminé ?

La part du versant sensoriel

C’est la partie la plus concrète de la discussion sur le meltdown et le shutdown.

La synthèse de Robertson et de Baron-Cohen (2017) explique que dans l’autisme, le traitement sensoriel est différent et que le tri de l’information entrante peut devenir difficile. L’une des conséquences est une charge qui s’accumule silencieusement au fil de la journée.

Cette accumulation ne se voit pas. La personne a l’air de bien s’en sortir toute la journée, et en fin d’après-midi, une petite chose peut tout renverser. La scène qui semble, de l’extérieur, « une telle réaction pour si peu ? » est en réalité l’addition de toute la journée.

Dans le TDAH aussi, il y a de la surcharge sensorielle, mais le déroulement décrit est en général différent : la surcharge abaisse la tolérance sur le moment et fait descendre le seuil d’explosion. J’ai abordé la façon dont le versant sensoriel se distingue dans les deux tableaux dans l’article sur les différences sensorielles dans l’autisme et le TDAH, et sa forme au quotidien dans celui sur la surcharge sensorielle.

Que faire sur le moment

Cette section vaut pour toi comme pour ton entourage.

Pendant un meltdown ou un shutdown :

  • Parle moins. Ne pose pas de questions, ne demande pas d’explications, n’argumente pas. Le traitement du langage est déjà mis à rude épreuve à ce moment-là, et chaque phrase augmente la charge.
  • Baisse les stimuli. Atténue la lumière, coupe le son, éloigne de la foule.
  • Ne touche pas, ne t’approche pas sans permission.
  • Assure la sécurité et attends. Essayer d’accélérer prolonge.
  • Ne parle pas tout de suite après. Garde l’analyse pour le lendemain.

Pendant une explosion du TDAH :

  • Mets de la distance. Quitter physiquement la pièce est ce qui marche le mieux.
  • Ne prends pas de décision à ce moment-là, n’envoie pas de message, ne poursuis pas la conversation.
  • Attends que ça retombe. Cela passe en quelques minutes, et tout ce qui se dit pendant ces minutes coûte cher ensuite.
  • Parle après, et répare absolument. Il se peut que tu oublies ; la personne en face, elle, n’oublie pas.

Ce qui ne marche dans aucun des deux cas est identique : dire « calme-toi ».

Que faire en amont

Le vrai travail est ici. Pour les trois, l’intervention la plus efficace n’est pas celle du moment, mais celle qui se fait avant.

  • Mesurer la charge. Pendant une semaine, note ce qui s’accumule au fil de la journée. Beaucoup de gens voient grâce à cette liste que le déclencheur n’est pas le dernier événement.
  • Apprendre les signes d’alerte. Des bourdonnements dans les oreilles, la difficulté à construire une phrase, des mains qui tremblent, une tolérance au bruit qui baisse. Reconnaître ces signes ouvre une fenêtre d’intervention.
  • Construire un budget. Ne mets pas de tâche après une journée chargée. Le temps de récupération est une ligne de l’agenda.
  • Avoir un plan de sortie. Savoir comment tu sortiras en entrant dans un lieu allonge le temps que tu peux y rester.
  • Repérer une pièce refuge. À la maison, au travail, partout où c’est possible. Savoir à l’avance où aller évite d’avoir à décider sur le moment.
  • Expliquer à ton entourage à l’avance. On ne peut pas donner d’explications en pleine crise. Les explications se donnent un jour calme.

La façon de faire le dernier point, je l’ai écrite dans les articles être proche d’une personne AuDHD et expliquer son TDAH à son ou sa partenaire.

La honte qui suit

C’est ce que les trois tableaux ont en commun, et c’est la partie dont on parle le moins.

Ce qui vient après l’épisode, c’est généralement la honte. « Je l’ai encore fait », « tout le monde a vu », « ils vont me voir comme ça ». Cette honte abaisse le seuil de l’épisode suivant, parce qu’être constamment sur le qui-vive épuise la capacité.

La façon d’en sortir n’est pas de faire comme si l’épisode n’avait pas eu lieu, mais d’apprendre à réparer. Une phrase de réparation courte et concrète sert davantage qu’un long texte d’excuses : ce qui s’est passé, ce qui l’a déclenché, ce qui sera fait la prochaine fois.

J’ai abordé ce versant dans l’article sur la honte et l’autocompassion.

Pourquoi faire cette distinction

Je n’ai pas écrit cela par curiosité de classification. La distinction sert à quelque chose de pratique : le choix de l’intervention.

Pour le meltdown et le shutdown, ce qui marche le mieux est de baisser les stimuli et d’attendre. Pour l’explosion du TDAH, ce qui marche le mieux est de mettre de la distance, d’attendre que ça retombe, puis de réparer. Si les deux sont présents, il faut les deux, et comprendre lequel est à l’œuvre prend du temps.

J’ai abordé le tableau où les deux coexistent dans l’article sur l’AuDHD, et les différences générales entre les deux dans celui intitulé TDAH et autisme, est-ce la même chose.

Ce qui marche le mieux en pratique, c’est de faire cette distinction non pas au milieu de l’épisode, mais avant. Mettre ton propre schéma par écrit une fois pour toutes évite d’avoir à réfléchir sur le moment. Une seule feuille suffit : quels signes arrivent, que faire, que ne pas faire. En pleine crise, personne ne peut apprendre quelque chose de nouveau ; on ne peut qu’appliquer ce qui a été écrit avant.

Et j’ajoute ceci : cet article n’est pas un guide de diagnostic. Reconnaître ces tableaux chez toi ou chez un proche ne signifie pas qu’il y a un diagnostic. L’évaluation est l’affaire d’un spécialiste, et s’il y a un schéma qui se répète et qui limite la vie, frapper à cette porte est raisonnable.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un meltdown (effondrement) ?
Une réaction tournée vers l’extérieur à un dépassement de capacité. Elle n’est pas volontaire, et le contrôle n’est pas aux commandes à ce moment-là.
Qu’est-ce qu’un shutdown (extinction) ?
La même surcharge, mais tournée vers l’intérieur : absence de réaction, impossibilité de parler, retrait.
En quoi diffère-t-il de l’explosion émotionnelle du TDAH ?
Les explosions du TDAH arrivent en général plus vite, s’éteignent plus vite et sont le plus souvent déclenchées par la frustration ou la déception.
Que faire sur le moment ?
Réduire les stimuli et cesser de parler. Poser des questions et demander des explications augmente la surcharge.

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Comment cet article a été écrit

Cansu est une adulte qui vit avec un TDAH, pas une médecin ni une professionnelle de santé. Ce texte est davantage une synthèse qu'un récit personnel : les informations s'appuient sur des études publiées et des sources officielles, listées sous l'article.

Le texte n'a pas été relu par une personne spécialisée. Les décisions sur le diagnostic, les médicaments et le traitement appartiennent à ton médecin. Les informations sur les droits, les formulaires et les démarches varient d'un pays à l'autre et changent avec le temps : vérifie-les auprès de l'organisme compétent. En savoir plus sur ce site.

Sources3
  1. Phung, J., Penner, M., Pirlot, C., & Welch, C. (2021). What I wish you knew: Insights on burnout, inertia, meltdown, and shutdown from autistic youth. Frontiers in Psychology, 12, 741421.
  2. Shaw, P., Stringaris, A., Nigg, J., & Leibenluft, E. (2014). Emotion dysregulation in attention deficit hyperactivity disorder. American Journal of Psychiatry, 171(3), 276-293.
  3. Robertson, C. E., & Baron-Cohen, S. (2017). Sensory perception in autism. Nature Reviews Neuroscience, 18(11), 671-684.