Aller au contenu
Le journal TDAH de Cansu
Tous les articles

Dire ton TDAH à ton ou ta partenaire sans en faire une excuse

Tu veux en parler, mais tu crains d’entendre « tu mets tout sur le compte du TDAH ». Comment l’expliquer à ton ou ta partenaire, quand, et ce que dit la recherche.

Cansu9 min de lectureLong

Türkçe okuRead in EnglishAuf Deutsch lesenPartager sur Reddit

Après avoir reçu le diagnostic, je me souviens très bien d’une chose : j’ai voulu le raconter à tout le monde.

Puis, tout de suite après, une autre chose est venue : ne le dire à personne.

Parce que j’avais une phrase en tête, et je croyais l’entendre à chaque fois : « Alors maintenant, tu vas mettre tout sur le compte du TDAH ? »

Les questions générales sur l’annonce du diagnostic, à qui le dire, quand et pourquoi, nous les avons abordées dans l’article à qui et quand révéler un diagnostic de TDAH. Cet article regarde quelque chose de plus étroit : comment l’expliquer à la personne avec qui tu partages ta vie, celle à côté de qui tu te réveilles chaque jour ?

Pourquoi c’est si difficile à dire

Dans des entretiens détaillés menés auprès de cinq femmes ayant reçu un diagnostic de TDAH à l’âge adulte, on a vu que les participantes étaient réticentes à partager leur diagnostic. Elles ont cité comme raisons la peur d’être jugées négativement et l’idée que les autres ne comprendraient pas. L’un des thèmes qui ressortent des entretiens est aussi celui-ci : les gens pensent que le TDAH est une maladie inventée (Holthe et Langvik, 2017).

Cinq personnes, c’est un très petit échantillon. Mais cette réticence, je la connais.

Le dire à son ou sa partenaire est difficile en plus, parce que cette personne est le témoin des années d’avant le diagnostic. Des choses oubliées, des soirées avec du retard, des tâches laissées à moitié. Quand on annonce le diagnostic, toutes ces années s’ouvrent à une nouvelle interprétation. Et on a peur : cette nouvelle lecture sera-t-elle entendue comme une explication, ou comme une demande de pardon rétroactive ?

Quand j’ai reçu le diagnostic, à vingt-trois ans, la première chose que j’ai faite a été de relire mon propre passé : les devoirs finis la dernière nuit, les clés introuvables, les choses que je n’arrivais pas à rattraper. Cette relecture m’a fait du bien, mais elle m’a aussi bouleversée. Il faut penser qu’un ou une partenaire va passer par une relecture semblable, et en plus sans l’avoir choisie. La personne qui raconte s’y prépare depuis des semaines, alors que celle qui écoute est prise au dépourvu.

Ce qui peut changer dans la relation après le diagnostic

Dans une étude qualitative irlandaise qui a examiné les expériences relationnelles de 335 adultes avec un TDAH, l’un des thèmes concerne précisément cette transformation. Les participants décrivaient la période d’avant le diagnostic avec confusion et honte, en se voyant comme un mauvais ou une mauvaise partenaire. Après le diagnostic, certains ont dit que leur compassion envers eux-mêmes avait augmenté et que leurs relations s’étaient améliorées. L’étude attire l’attention sur le rôle de la compréhension mutuelle et de l’information sur le TDAH dans cette transformation (O’Brien et al., 2025).

C’est une étude qualitative : elle n’en tire donc pas la conclusion que « en annonçant le diagnostic, la relation s’arrange ». Mais elle montre que comprendre peut ouvrir une porte pour les deux côtés.

Dans le glossaire, cela s’appelle le nouveau récit : un même comportement qui reçoit une autre explication.

Annoncer le diagnostic, ce n’est pas effacer le passé, c’est faire en sorte que vous puissiez parler le même langage en regardant le passé.

Apprendre ensemble

L’étude que je trouve la plus prometteuse sur ce sujet vient de Suède. Des adultes avec un TDAH et leurs proches ont suivi ensemble un programme de psychoéducation en groupe de huit séances. Les participants ont été comparés à un groupe qui recevait les soins habituels. Dans le groupe de psychoéducation, les connaissances sur le TDAH ont nettement augmenté et une amélioration de la satisfaction de vie globale a aussi été observée. Les proches ont rapporté que leurs paroles critiques envers la personne avec un TDAH avaient diminué et que leur bien-être psychologique avait augmenté (Hirvikoski et al., 2017).

Les proches de cette étude étaient surtout des partenaires ou des parents, mais il y avait aussi des frères et sœurs, des amis et des enfants adultes. On n’a pas non plus trouvé de différence significative sur les mesures générales de la qualité de la relation. La psychoéducation n’est donc pas une thérapie de couple. Mais elle montre clairement une chose : comprendre le TDAH peut changer l’attitude du proche. La critique diminue.

La psychoéducation sonne officiel. Son équivalent à la maison est bien plus simple : deux personnes qui regardent ensemble la même information.

Être honnête en même temps

Une revue consacrée au TDAH de l’adulte et aux relations dit que la recherche reste encore limitée sur les facteurs qui augmentent ou qui réduisent les difficultés relationnelles des adultes avec un TDAH, et que ces lacunes doivent être comblées pour la prévention et l’intervention (Wymbs et al., 2021).

C’est bon de garder cela en tête aussi quand on en parle avec son ou sa partenaire. Le diagnostic n’explique pas tout. Certaines disputes viennent du TDAH, d’autres du fait que deux personnes sont différentes, d’autres d’une simple mauvaise journée. Savoir les distinguer est ce qui protège le mieux le diagnostic de sonner comme une excuse.

Comment construire la conversation

Je voudrais proposer ici un schéma. Les schémas peuvent sembler artificiels ; mais un squelette auquel s’accrocher sert, dans un moment où l’émotion et la défensive t’envahissent.

Le moment : un instant calme. Pas au milieu d’une dispute, pas juste après un oubli, pas quand vous êtes tous les deux fatigués. Demander à l’avance « j’ai quelque chose dont je voudrais te parler, es-tu disponible un soir cette semaine ? » donne à la conversation le poids nécessaire.

Première partie : à quoi cela ressemble. Commence par des comportements concrets. Au lieu d’une liste abstraite de symptômes, des schémas que vous reconnaissez tous les deux : « Tu as sûrement remarqué que, parfois, mon esprit part ailleurs pendant que je parle. Je laisse les rendez-vous à la dernière minute. Quand je m’absorbe dans quelque chose, j’oublie l’heure. »

Deuxième partie : ce qui se passe à l’intérieur. Explique le mécanisme en peu de mots. « Ce n’est pas du manque de volonté. Dans le TDAH, sentir le temps, retirer l’attention d’une chose pour la donner à une autre, et se rappeler quelque chose au bon moment sont des choses qui se font difficilement. » Une ou deux phrases suffisent. Les longues explications peuvent sonner comme une défense.

Troisième partie : ce que je fais. Montre que tu assumes la responsabilité. « Pour cela, j’essaie ceci : je mets des alarmes dans mon calendrier, je range mon téléphone pendant les conversations importantes. »

Quatrième partie : ce que je te demande. Une demande concrète et petite. « J’aimerais que tu me le dises doucement quand mon esprit part. Et que, quand j’oublie quelque chose, tu saches que cela n’a rien à voir avec le fait de ne pas me soucier de toi. »

Dans ces quatre parties, il n’y a pas d’excuses. C’est un choix délibéré. S’il y a des choses pour lesquelles il faut s’excuser, c’est une autre conversation. Présenter ses excuses en annonçant le diagnostic transforme le diagnostic en aveu.

À lire ensemble. Après la conversation, propose à ton ou ta partenaire une ressource de la longueur qu’il ou elle aura envie de lire. Laisse le choix à cette personne. Entendre quelque chose sur toi par une source extérieure est parfois plus facile à accepter que de l’entendre de ta bouche.

La première réaction de l’autre

« Tout le monde est un peu comme ça, non ? »

« Donc ça veut dire que je dois tout gérer ? »

« Pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt ? »

Il y a des chances que tu entendes ces phrases. Toutes ne viennent pas d’une mauvaise intention. Une partie vient de l’ignorance, une partie de la fatigue accumulée depuis des années. Le second point est particulièrement important : en entendant le diagnostic, le ou la partenaire a parfois peur que sa propre charge soit ignorée.

Le contraire est possible aussi. Certains partenaires sont soulagés en entendant le diagnostic, parce qu’ils trouvent la réponse à une question qu’ils se posent depuis des années : « Est-ce que c’est moi qui n’explique pas assez clairement ? » Le nouveau récit fonctionne autant pour le ou la partenaire que pour la personne avec un TDAH. Cette personne a peut-être aussi eu des moments où elle se reprochait quelque chose. C’est pourquoi il est bon de lui demander, à un moment de la conversation : « Qu’est-ce que ça a changé pour toi, d’entendre cela ? »

La meilleure réponse possible à cela est une phrase que j’ai aussi écrite dans l’article le TDAH et les relations : le diagnostic n’est pas une excuse, c’est une explication. Il n’enlève pas la responsabilité, il change la façon de la porter.

Si la réaction de l’autre est négative, ne pas chercher à convaincre immédiatement est aussi une option. Dire « je te laisse le temps d’y réfléchir » enlève la pression de tout résoudre en une seule conversation. Pour des conseils pratiques que l’autre peut lire, tu peux partager l’article comment communiquer avec une personne avec un TDAH.

Il est important aussi de ne pas attendre d’une conversation qu’elle règle tout. Annoncer le diagnostic est le plus souvent la première d’une série de conversations. Quelques semaines plus tard, ton ou ta partenaire peut se souvenir d’un ancien comportement et demander « et ça, c’est lié à ça ? » Ces questions sont un bon signe ; elles montrent que la personne est curieuse et qu’elle essaie de faire entrer cette information dans ta vie. Rien ne t’oblige à donner une réponse certaine à chaque question. « Je ne sais pas, regardons ensemble » est aussi une réponse.

Ne pas le dire est aussi une décision

Toutes les relations ne sont peut-être pas prêtes pour cette conversation. Si tu penses qu’un ou une partenaire minimiserait le diagnostic ou l’utiliserait comme une arme contre toi, ne pas le dire, ou en parler d’abord avec un ou une spécialiste, est une façon légitime de te protéger. Dans le glossaire, l’entrée décision de divulgation décrit exactement cet équilibre.

La phrase que je me dis

J’ai longtemps réfléchi à ce dont j’avais le plus peur en annonçant le diagnostic à quelqu’un. J’ai fini par trouver : j’avais moins peur qu’on pense que je mentais que peur qu’on pense que je prenais la facilité.

Pourtant, après le diagnostic, rien n’est devenu plus facile. Je sais seulement mieux ce qui est difficile.

Le raconter, ce n’est pas demander pardon. C’est demander : « Voilà, c’est comme ça que je fonctionne, comment pouvons-nous vivre ensemble avec ça ? »

Questions fréquentes

Comment parler de mon TDAH à mon ou ma partenaire ?
En présentant le diagnostic non comme une étiquette, mais comme une explication qui montre le mécanisme derrière certains comportements, et en terminant par une demande.
Que faire pour que cela ne ressemble pas à une excuse ?
Donner l’explication avec la responsabilité. Dire pourquoi cela arrive, puis dire ce que vous allez faire, empêche la phrase d’être une excuse.
Ton ou ta partenaire doit-il ou elle aussi apprendre ?
Les recherches montrent que la psychoéducation suivie ensemble par des adultes avec un TDAH et leurs proches augmente nettement les connaissances sur le TDAH.
Ne pas en parler est-il aussi une option ?
C’en est une. Le diagnostic est une information privée, et c’est toi qui décides du moment de la partager.

annoncer le diagnosticrelationsTDAH

À propos de l'autrice

Cansu est une adulte qui vit avec un TDAH. Elle n'a pas de formation dans le domaine ; derrière ces pages, il y a seulement les méthodes qu'elle a essayées elle-même et son quotidien. Ce qui a marché pour elle ne marchera pas forcément pour toi, et ce qui n'a pas marché pour elle peut quand même t'aider.

Rien ici ne remplace l'avis d'un médecin, un diagnostic ou un traitement. Les questions sur les médicaments et les doses relèvent de ton médecin. En savoir plus sur ce site.

Sources4
  1. Hirvikoski, T., Lindström, T., Carlsson, J., Waaler, E., Jokinen, J., & Bölte, S. (2017). Psychoeducational groups for adults with ADHD and their significant others (PEGASUS): A pragmatic multicenter and randomized controlled trial. European Psychiatry, 44, 141-152.
  2. Holthe, M. E. G., & Langvik, E. (2017). The strives, struggles, and successes of women diagnosed with ADHD as adults. SAGE Open, 7(1), 2158244017701799.
  3. O’Brien, M., Kini-Seery, C., Kelly, C., Kilbride, K., Wrigley, M., Nearchou, F., & Bramham, J. (2025). “I felt like a burden”: An exploration into the experience of romantic relationships for people with ADHD. Journal of Marital and Family Therapy, 52(1), e70097.
  4. Wymbs, B. T., Canu, W. H., Sacchetti, G. M., & Ranson, L. M. (2021). Adult ADHD and romantic relationships: What we know and what we can do to help. Journal of Marital and Family Therapy, 47(3), 664-681.