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Le journal TDAH de Cansu
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Les explosions de colère dans le TDAH : pourquoi, et que faire

Une colère disproportionnée pour un petit déclencheur, vite retombée, puis le regret. Le mécanisme dans le TDAH, ce qui abaisse le seuil, que faire avant.

Cansu8 min de lectureMoyen

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La porte d’un placard ne se ferme pas. Un message est mal compris. Dans la circulation, quelqu’un te coupe la route. Et d’un coup, une colère monte, sans aucun rapport avec la taille de l’événement.

Quelques minutes plus tard, la colère s’en va aussi vite qu’elle est venue. Il reste des mots qui ont été dits, un visage surpris et un regret très familier.

Je connais ce schéma, et avant le diagnostic, c’était l’une des choses dont j’avais le plus honte. Je me savais quelqu’un de calme ; ces éclats de quelques minutes ne cadraient pas avec ce que je savais de moi, et à chaque fois je me demandais « qu’est-ce qui m’arrive ».

La colère fait-elle partie du TDAH

Les explosions de colère ne figurent pas parmi les critères diagnostiques officiels du TDAH. Mais on sait depuis longtemps que les difficultés émotionnelles sont très fréquentes chez les personnes avec un TDAH.

L’évaluation clinique de Faraone et de ses collègues (2019) souligne que deux concepts ressortent dans le TDAH :

  • L’impulsivité émotionnelle : une émotion, surtout la colère et la déception, qui monte très vite et très intensément.
  • L’autorégulation émotionnelle insuffisante : avoir du mal à apaiser l’émotion qui monte, à en détourner l’attention et à contrôler son comportement.

La même évaluation indique que ces symptômes émotionnels entraînent une altération du fonctionnement cliniquement significative et qu’il existe de solides bases théoriques pour les considérer comme l’une des caractéristiques centrales du TDAH.

Une méta-analyse a aussi montré que la dérégulation émotionnelle est nettement plus fréquente dans le TDAH de l’adulte (Beheshti et al., 2020). La synthèse de Shaw et de ses collègues (2014) discute elle aussi la possibilité que la difficulté de régulation émotionnelle occupe une place centrale dans le TDAH.

Quand j’ai lu cette information pour la première fois, ce que j’ai ressenti, c’est du soulagement. Parce que jusque-là, je portais la colère comme un problème concernant ma propre morale.

Pourquoi la colère arrive si vite et si fort

Le frein intervient tard

Dans le TDAH, la difficulté à arrêter le comportement, c’est-à-dire l’inhibition, se reflète aussi dans les réactions émotionnelles. Quand une émotion monte, le mécanisme qui dit « stop, attends, réfléchis » fonctionne tard. La réaction sort avant que le contrôle n’intervienne.

L’émotion grimpe vite jusqu’au sommet

Dans le TDAH, la colère passe souvent de zéro à dix en très peu de temps. On a l’impression qu’il ne reste aucune marche intermédiaire que l’on puisse remarquer, sur laquelle on puisse intervenir. Chez moi, l’endroit où cela se voit le plus nettement, c’est quand on m’interrompt alors que je suis plongée dans une tâche : il n’y a pas de marche intermédiaire, on passe directement au sommet.

La tolérance à la frustration est basse

La tension qui apparaît quand les choses ne vont pas comme prévu, qu’on rencontre un obstacle ou qu’il faut attendre est plus difficile à porter dans le TDAH. Dans le glossaire : tolérance à la frustration.

Les petites choses s’accumulent

La plupart des explosions de colère ne viennent pas d’un seul événement, mais de petites déceptions accumulées tout au long de la journée. Une clé perdue, un rendez-vous où l’on arrive en retard, une concentration coupée, du bruit. La dernière goutte est en général petite ; c’est le récipient lui-même qui est plein.

Ce qui déclenche l’explosion est le plus souvent le dernier petit événement. Mais l’énergie de l’explosion vient de toute la journée.

Ce qui abaisse le seuil

Savoir quand le seuil de colère baisse est l’une des informations les plus pratiques. Dans le TDAH, voici ce qui facilite le plus la colère :

  • La fatigue et le manque de sommeil. Plus le sommeil se dégrade, plus la régulation émotionnelle devient difficile. Le détail est dans l’article sur le TDAH et le sommeil.
  • La faim. Sauter un repas ou rester longtemps sans manger. C’est la cause qui m’échappe le plus ; dans la plupart des moments où je me suis mise en colère, en regardant en arrière, je vois que ce jour-là je n’avais pas déjeuné.
  • La surstimulation. Le bruit, la foule, plusieurs exigences à la fois. Le détail est dans l’article sur la surcharge sensorielle.
  • Les interruptions. Surtout en pleine concentration intense.
  • La pression du temps. Être en retard, ne pas arriver à finir à temps.
  • Le sentiment d’être rejeté ou critiqué. Une critique peut être vécue comme une menace plus grande qu’elle ne l’est. Le détail est dans l’article sur la dysphorie sensible au rejet.

Après : le regret et la honte

Le côté le plus lourd de la colère dans le TDAH vient souvent après l’explosion.

La colère retombe vite et la personne prend conscience de ce qu’elle a dit. Arrivent le regret, la honte et l’auto-accusation. En se répétant, cela peut se transformer en phrase d’identité du type « je suis quelqu’un de mauvais ».

Pour l’entourage, en revanche, la retombée rapide de la colère peut être déroutante : la personne qui criait il y a quelques minutes se comporte maintenant comme si de rien n’était. Le fait que tu aies déjà quitté cet état alors que l’autre est encore au milieu de ces quelques minutes provoque une tension sérieuse dans les relations.

La manière dont la honte alimente le cycle est traitée dans l’article sur la honte et l’autocompassion.

Ce qui marche

Essayer de réprimer complètement la colère ne marche généralement pas ; l’émotion réprimée ressort ailleurs. Ce qui est plus efficace, c’est de mettre de la distance entre la colère et le comportement.

Reconnais les signes précoces. Avant que la colère n’atteigne le sommet, le corps prévient en général : la mâchoire se serre, le visage chauffe, la respiration s’accélère, le ton de la voix change. Chez moi, le premier signe est le ton de ma voix ; quand j’entends ma propre voix se durcir, c’est qu’il est encore temps.

Sors de la pièce. Quand les signes arrivent, quitter la pièce pour quelques minutes. Dire « je sors une minute, on en reparle après » fait gagner du temps ; la discussion peut reprendre plus calmement là où elle s’était arrêtée.

Fais un accord à l’avance. C’est le point auquel je fais le plus confiance. Faire avec ses proches, à un moment calme, un accord simple sur ce qu’on fait quand la colère monte aide : un mot-signal et la règle « nous faisons tous les deux une pause de dix minutes ». Un accord conclu au milieu de la colère ne tient pas ; celui qui est conclu un jour calme tient.

Apaise d’abord le corps. Quand la colère monte, essayer de convaincre par la logique ne marche le plus souvent pas. D’abord le corps : une longue expiration lente, de l’eau froide, une courte marche.

La règle du brouillon. Ne pas envoyer de message, d’e-mail ou de commentaire quand on est en colère. Le laisser en brouillon et le relire ensuite. Ayant effacé le lendemain matin la plupart de ce que j’avais écrit, je recommande cette règle d’un cœur léger.

Réduis l’accumulation. Remarquer les petites tensions accumulées tout au long de la journée et les décharger. De courtes pauses au milieu d’une journée chargée, un moment de silence pour le soir.

Garde le seuil haut. Le sommeil, des repas réguliers et un mouvement régulier sont ce qu’il y a de plus fondamental pour relever le seuil de la colère. Dans le glossaire : tolérance à la détresse.

Répare ensuite. S’il y a eu une explosion, s’excuser une fois calmé et parler de ce qui s’est passé. Il est important de le faire sans se punir. Le but est de réparer la relation.

Chercher du soutien

La psychothérapie. La thérapie cognitivo-comportementale peut travailler sur les compétences de régulation émotionnelle. L’essai contrôlé randomisé de Safren et de ses collègues (2010) montre que, chez des adultes avec un TDAH dont les symptômes persistaient malgré un traitement médicamenteux, cette approche réduisait nettement les symptômes. Le détail est dans l’article sur la thérapie cognitivo-comportementale dans le TDAH.

Le traitement médicamenteux. On rapporte que le traitement du TDAH peut aussi atténuer les symptômes émotionnels chez certaines personnes. La décision et le choix reviennent au médecin.

Évaluer d’autres tableaux. La colère et l’irritabilité se voient aussi dans la dépression, l’anxiété, le trouble bipolaire et les tableaux post-traumatiques. Si le schéma de colère a commencé récemment ou s’il est très lourd, il faut aussi évaluer d’autres possibilités.

La sécurité d’abord. Si la colère va jusqu’à l’agressivité physique, ou jusqu’à se faire du mal ou à faire du mal à d’autres, ce n’est pas un sujet à gérer seul. Il faut demander le soutien d’un professionnel. En cas de danger immédiat, tu peux appeler en Turquie le 112, et pour le soutien social l’ALO 183.

Ce qui a changé chez moi

La colère elle-même n’a pas complètement disparu, et je ne pense pas qu’elle disparaîtra. Ce qui a changé, c’est le temps qui s’intercale entre elle et l’explosion.

Ces quelques secondes ne suffisent pas pour se calmer. Mais elles suffisent pour sortir de la pièce, et le plus souvent toute la différence est là.

Questions fréquentes

Pourquoi y a-t-il des explosions de colère dans le TDAH ?
Derrière, il y a l’impulsivité émotionnelle et la difficulté de régulation émotionnelle : l’émotion monte vite, le mécanisme qui freine intervient tard.
Comment l’explosion se déroule-t-elle ?
Un petit déclencheur, une réaction soudaine et disproportionnée, une retombée rapide, puis du regret.
Qu’est-ce qui abaisse le seuil ?
La fatigue, la faim, la surstimulation et les exigences qui s’empilent. Ce sont quatre sujets sur lesquels on peut travailler avant l’explosion elle-même.
Qu’est-ce qui aide ?
Sortir de la pièce et se donner une règle de report de la réaction. Parler une fois l’émotion passée donne de bien meilleurs résultats que parler sur le moment.

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À propos de l'autrice

Cansu est une adulte qui vit avec un TDAH. Elle n'a pas de formation dans le domaine ; derrière ces pages, il y a seulement les méthodes qu'elle a essayées elle-même et son quotidien. Ce qui a marché pour elle ne marchera pas forcément pour toi, et ce qui n'a pas marché pour elle peut quand même t'aider.

Rien ici ne remplace l'avis d'un médecin, un diagnostic ou un traitement. Les questions sur les médicaments et les doses relèvent de ton médecin. En savoir plus sur ce site.

Sources4
  1. Faraone, S. V., Rostain, A. L., Blader, J. et al. (2019). Practitioner Review: Emotional dysregulation in attention-deficit/hyperactivity disorder – implications for clinical recognition and intervention. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 60(2), 133-150.
  2. Shaw, P., Stringaris, A., Nigg, J., & Leibenluft, E. (2014). Emotion dysregulation in attention deficit hyperactivity disorder. American Journal of Psychiatry, 171(3), 276-293.
  3. Beheshti, A., Chavanon, M.-L., & Christiansen, H. (2020). Emotion dysregulation in adults with ADHD: A meta-analysis. BMC Psychiatry, 20, 120.
  4. Safren, S. A., Sprich, S., Mimiaga, M. J. et al. (2010). Cognitive behavioral therapy vs relaxation with educational support for medication-treated adults with ADHD and persistent symptoms: A randomized controlled trial. JAMA, 304(8), 875-880.

Cette page a été mise à jour le 16 septembre 2026.