26.09.2026 Journal XXVI Chez moi, doux chez-moi
Pour quelqu’un qui a un TDAH, la maison est l’endroit où le masque tombe et où l’ordre se construit de l’extérieur. J’ai écrit pourquoi elle compte autant.
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26.09.2026 Page de journal XXVI
Chez soi, c’est le seul endroit où tu n’as pas à t’expliquer.
Samedi. Aujourd’hui je suis restée à la maison, et j’ai été heureuse de pouvoir dire cette phrase : chez moi, doux chez-moi.
La plupart des gens emploient cette expression pour dire le confort. Pour moi, elle veut dire autre chose. La maison est plus qu’un endroit où l’on se repose : c’est l’endroit où le masque tombe.
Pourquoi la maison compte autant
Une journée passée dehors, pour quelqu’un qui a un TDAH, se compose de deux tâches. La première est le travail lui-même. La seconde, c’est de ne pas laisser voir qu’on se débrouille tant bien que mal pendant qu’on le fait.
Cela s’appelle le masquage. Vérifier trois fois, partir tôt pour attendre afin de ne pas être en retard, ramener son attention à la main quand elle glisse, porter une couche supplémentaire pour ne pas avoir l’air brouillon.
Quand je rentre le soir, cette seconde tâche s’arrête. C’est d’ailleurs la vraie cause de la fatigue ; je l’ai écrit dans l’article sur l’épuisement.
La maison est l’endroit où la seconde tâche se referme. C’est pour cela qu’elle n’est pas seulement agréable, elle est nécessaire.
Les deux visages de la maison
Mais il faut être honnête : la maison est aussi l’endroit où je me disperse le plus.
Dehors, il y a un cadre. L’heure de la réunion, la sonnerie du cours, l’heure de départ du bus, le regard des autres. C’est un échafaudage qui vient de l’extérieur. À la maison, cet échafaudage n’existe pas, et le cœur de la question du travail à domicile est là aussi : liberté ou piège ?
La réponse, c’est les deux. La maison est bonne parce qu’elle laisse libre, et difficile parce qu’elle laisse libre.
C’est pourquoi une maison qui fait du bien ne vient pas toute seule. Il faut la construire.
Comment je la construis
Ce qui marche pour moi est plus proche de l’idée d’une maison qui fonctionne que de l’idée d’une belle maison.
Visibilité. Ce qui reste dans le placard est oublié, ce qui reste sous les yeux est utilisé. C’est pour cela que le système de l’endroit visible existe : clés, sac, médicament, eau.
Une seule liste. Je ne tiens pas un endroit à part pour les tâches de la maison. La règle de la liste unique vaut aussi à la maison, sinon on se retrouve avec une tâche qui vit sur trois listes différentes.
Peu d’objets. Ce n’est pas par goût esthétique. Chaque objet veut dire une décision : où il sera rangé, quand il sera nettoyé, où on le retrouvera. Peu d’objets, peu de décisions.
Avoir un repas prêt. J’aime cuisiner, mais le soir, quand l’énergie est épuisée, même les choses qu’on fait avec plaisir ne se font plus. Comme je l’ai écrit dans l’article sur l’organisation de la cuisine, c’est une liste de sept lignes qui ne change pas qui porte le tout.
Réglage sensoriel. La lumière, le son, la texture. Cela paraît petit, mais cela détermine toute la journée ; j’en ai parlé dans l’article sur la surcharge sensorielle.
Désordre et honte
C’est le sujet le plus chargé quand on parle de la maison. Pour quelqu’un qui a un TDAH, le désordre à la maison n’est pas seulement une question d’organisation, il revient sous la forme d’un jugement sur le caractère.
Pendant des années, je l’ai lu ainsi. Maison en désordre, personne en désordre. Et, quand des invités devaient venir, la panique qui commençait la veille.
Aujourd’hui, je le vois autrement. Le désordre est le signe qu’un système a dépassé sa capacité. Ce n’est pas une question morale, c’est une question d’ingénierie. Dans l’article sur les tâches ménagères, j’ai écrit la même chose : on remet le système à neuf, pas le caractère.
Ce cadre ne rend pas le ménage plus facile. Mais il change la phrase que je me dis les jours où le ménage n’est pas fait. C’était aussi le sujet du texte d’hier.
Ce que j’ai fait aujourd’hui
Je n’ai pas fait grand-chose. J’en ai fait une partie, j’en ai laissé une autre.
Et j’ai remarqué ceci : un samedi passé à la maison n’est pas pour moi un « jour où je n’ai rien fait ». C’est un jour de remise en état. Ce qui rend possible le reste de la semaine.
Pendant longtemps, je n’y ai pas vu des vacances, j’y ai vu de la paresse. Avec le recul, c’était un travail d’entretien.
Chez moi, doux chez-moi. Aujourd’hui, j’ai mérité cette phrase.