Le médicament du TDAH coupe l’appétit : que faire ?
Pourquoi le médicament du TDAH fait perdre l’appétit, à quelles heures, comment bâtir un plan de repas et quand la perte de poids devient un signal sérieux.
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L’une des choses que disent le plus souvent les personnes qui prennent un médicament du TDAH : « J’oublie de manger. » Parfois aussi : « Je n’oublie pas, je n’en ai pas envie. »
Ce sont deux choses différentes et les deux peuvent arriver. Cet article parle du côté de l’appétit, du plan de repas et de l’endroit où se trouve la limite. Les décisions de dose et de médicament se prennent avec ton médecin.
Pourquoi cela arrive
Les stimulants freinent l’appétit. C’est l’un des effets indésirables les plus souvent rapportés dans les guides (NICE NG87 ; Kooij et al., 2019).
L’intensité de l’effet n’est pas constante dans la journée. Il est le plus marqué aux heures où le médicament travaille le plus ; c’est-à-dire, chez la plupart des gens, autour de midi. Vers le soir, quand l’effet baisse, l’appétit revient. Chez certaines personnes, on rencontre le soir une faim marquée.
Il y a aussi un second mécanisme, qui n’a rien à voir avec le médicament : dans le TDAH, remarquer les signaux du corps est déjà difficile. Les signaux de faim, de soif et de fatigue sont perçus tard. Le médicament vient s’y ajouter.
Le tableau a donc deux couches : l’appétit diminue, et la capacité à remarquer cette baisse d’appétit est elle aussi réduite.
Déplacer le repas hors de l’effet
La stratégie la plus pratique est de ne pas mettre le repas et le médicament en concurrence.
Prendre le petit-déjeuner avant la dose. Un petit-déjeuner pris avant que l’effet commence devient le repas le plus facile de la journée. Cela revient aussi à lier l’heure de la dose au petit-déjeuner : d’abord manger, ensuite le médicament.
Planifier le soir. L’heure où l’appétit revient est la place du repas le plus nourrissant de la journée. Le piège, ici, c’est qu’à cette heure l’énergie est basse aussi et que l’on va vers quelque chose de tout prêt. Savoir dès le matin ce que l’on mangera le soir change vraiment quelque chose dans ce tableau.
Garder le milieu de la journée petit et dense. Quand l’appétit est fermé, une grande assiette décourage. Des choses de petit volume et de forte teneur en calories sont plus réalistes : fruits à coque, fromage, yaourt, dattes, beurre de cacahuète, lait.
Les options à boire. Si la nourriture solide ne passe pas, le liquide passe : lait, ayran, smoothie, soupe. L’idée de « la boisson à la place du repas » n’est pas idéale, mais elle vaut mieux que rester sans manger.
Lier le rappel à la nourriture
L’approche « je mangerai quand j’aurai faim » ne marche pas dans ce tableau, parce que le signal n’arrive pas.
Ce qui fonctionne, c’est de lier le repas à une heure ou à un événement. Une alarme à 13 h 00 ; ou quand la réunion se termine, en sortant du cours, après avoir terminé une tâche précise. Les plans si-alors fonctionnent exactement pour cela : « À 13 h, je me lève de mon bureau et je prends un yaourt. »
Il y a aussi une question de visibilité : ce qui n’est pas visible est ignoré. Les fruits à coque dans le placard ne se mangent pas, ceux qui sont sur le bureau se mangent.
Quand la perte de poids est sérieuse
Une baisse d’appétit et une perte de poids, ce n’est pas la même chose. Manger peu pendant quelques jours et un déficit qui dure des mois sont des tableaux différents.
Les situations à signaler au médecin :
- Une perte de poids nette et rapide.
- Une fatigue constante, des vertiges, une concentration encore plus altérée.
- Un changement dans le cycle menstruel.
- Chez l’enfant et l’adolescent, un écart de la courbe de croissance.
C’est pourquoi le suivi de la taille et du poids est systématique chez l’enfant. J’ai écrit le côté des preuves de ce débat dans l’article sur la taille chez l’enfant.
Chez l’adulte aussi, la pesée est la partie ennuyeuse mais utile du rendez-vous de contrôle. Dire deux chiffres plutôt que « j’ai maigri, je crois » emmène la conversation ailleurs.
Réglage de la dose et de l’heure
La perte d’appétit n’est pas à elle seule une raison d’arrêter le médicament ; c’est d’abord une raison d’ajuster.
Les points dont on peut discuter : baisser la dose, avancer ou reculer l’heure de la dose, passer à une forme à action courte pour ouvrir une fenêtre sans effet à l’heure du déjeuner, ou une option non stimulante.
Rien de tout cela ne se fait seul. Mais y aller en sachant ce qui peut être ajusté raccourcit le rendez-vous.
Trois erreurs fréquentes
Sauter le petit-déjeuner et prendre le médicament. Une dose prise à jeun augmente les troubles d’estomac et laisse toute la journée sans repas.
Essayer de rattraper le soir. Rester affamé toute la journée et manger en une fois la nuit perturbe le sommeil et la digestion. C’est en plus risqué pour quelqu’un qui a tendance à l’hyperphagie boulimique.
S’en sortir avec du café. Ajouter de la caféine alors que l’appétit est déjà fermé creuse le tableau. J’ai écrit ce point dans l’article la caféine et l’automédication.
Ce qui me reste
Sur la question de l’appétit, l’idée qui me paraît la plus sensée est « trouver le repas déjà là » plutôt que « se souvenir de manger ».
Se souvenir, c’est un travail de fonctions exécutives, et cette capacité est déjà dépensée dans la journée. Quelque chose qui attend prêt dans le réfrigérateur n’exige pas de se souvenir. C’est pourquoi une seule règle fait plus que dix intentions : il y aura toujours quelque chose de mangeable sur le bureau.
Les décisions sur le poids, la dose et le médicament se prennent avec ton médecin. L’article ici sert seulement à porter les jours entre les deux.
Questions fréquentes
- Quand l’appétit revient-il ?
- En général quand l’effet du médicament s’éteint. C’est pourquoi la soirée est le moment le plus indiqué pour prévoir un repas nourrissant.
- Que faire quand l’appétit disparaît ?
- Au lieu de se forcer à manger, déplacer les repas hors de l’effet aide. Prendre le petit-déjeuner avant la dose et prévoir un repas nourrissant le soir quand l’appétit revient sont la première étape.
- Quand faut-il prendre une perte de poids au sérieux ?
- Une perte de poids nette et rapide, une fatigue persistante ou, chez l’enfant, un écart de la courbe de croissance sont des points à signaler au médecin sans attendre.
- Une collation aide-t-elle ?
- Oui. De petites collations très caloriques dans la journée peuvent combler le manque d’un repas peu mangé. Lier le rappel au repas règle aussi l’oubli.