S’ennuyer dans son couple : à cause du TDAH ou de la relation ?
Tout va bien, mais quelque chose pèse à l’intérieur. Vient-il de la relation ou de l’intolérance du TDAH à l’ennui ? Des questions et des résultats pour trier.
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Il arrive qu’on se pose une question. Parfois à voix haute, le plus souvent sans la dire.
« Dans ma vie, tout va bien. Il y a quelqu’un qui m’aime. Mais depuis un moment, il y a en moi un malaise. Est-ce le TDAH, ou ai-je cessé d’être bien dans cette relation ? »
Personne ne peut répondre à cette question de l’extérieur. Moi non plus. Mais ouvrir un peu plus la question peut aider à trouver la réponse.
Je veux d’abord dire ceci : poser cette question n’est pas une trahison. C’est une partie de l’effort pour s’écouter honnêtement.
L’ennui est plus fréquent dans le TDAH
L’ennui paraît un sentiment simple. Mais c’est un sujet étudié en détail en psychologie, et on le définit comme le fait de vouloir s’intéresser à quelque chose sans y parvenir.
Dans une première étude menée auprès d’étudiants, les sous-échelles de propension à l’ennui et la somnolence diurne ressortaient parmi les variables qui prédisaient le mieux les scores d’inattention de l’adulte (Kass et al., 2003).
Une étude plus récente a regardé cette relation de plus près. En comparant de jeunes adultes avec et sans traits de TDAH, la propension à l’ennui s’est révélée beaucoup plus élevée dans le groupe avec des traits de TDAH. Les chercheurs ont aussi montré que la performance aux tâches de contrôle de l’attention et de mémoire de travail expliquait une partie de cette différence. La part expliquée est petite, mais significative : une partie du problème tient moins au fait de ne rien trouver d’intéressant qu’à la difficulté de maintenir l’attention sur quelque chose et de le traiter dans l’esprit (Orban et al., 2026).
Ce résultat me dit quelque chose d’important. Dans le TDAH, l’ennui peut tenir moins au manque de stimulation extérieure qu’à la façon dont le système attentionnel intérieur fonctionne. Autrement dit, le même environnement extérieur peut sembler plus ennuyeux à une personne avec un TDAH.
Il existe dans le glossaire une rubrique proche : l’intolérance à l’ennui. D’où cela vient, je l’avais raconté plus en détail dans l’article recherche de stimulation.
Dans le TDAH, le malaise vient parfois non pas de l’intérieur de la relation, mais de l’intérieur de l’attention. Mais le ressenti lui-même ne dit pas de laquelle des deux il vient.
Une longue relation, un environnement difficile du point de vue de la stimulation
Une relation de longue durée est pleine de belles choses : la confiance, la familiarité, la routine. Mais la plupart de ces belles choses sont de celles auxquelles un système attentionnel avec un TDAH ne s’intéresse pas spontanément.
La nouveauté de la première période, l’incertitude, apprendre quelque chose de nouveau à chaque conversation. Tout cela diminue avec le temps. Le lien entre cette diminution et l’hyperfocalisation du début de la relation, j’en ai parlé dans l’article amour et hyperfocalisation.
Ensuite, c’est la répétition. Le même dîner, la même série, le même samedi. La répétition est l’une des choses que supporte le moins une personne avec un TDAH.
Je remarque ici quelque chose de contradictoire chez moi. La répétition m’ennuie, mais je sais aussi qu’elle me fait du bien. Dormir à la même heure, travailler au même endroit, faire la même promenade du matin : cela donne un squelette auquel s’accrocher à un esprit dispersé. La routine d’une relation peut aussi être un squelette de ce genre. Il se peut que l’endroit d’où vient le malaise soit le même que celui d’où vient la confiance. Peut-être que l’enjeu n’est pas de se débarrasser de la routine, mais de la garder tout en ouvrant à l’intérieur de petits espaces pour respirer.
C’est pourquoi il faut prendre au sérieux cette possibilité : quand on s’ennuie dans une relation avec un TDAH, une partie de ce malaise peut être indépendante de la relation elle-même. On peut ressentir le même malaise dans un travail, dans un loisir, dans une ville. Le cimetière de loisirs en est l’exemple le plus innocent.
Mais il ne faut pas non plus minimiser le malaise
Je ne veux pas prendre ici la facilité. Dire « cela vient du TDAH, ça passera » serait aussi une forme d’erreur.
Dans une étude de suivi de longue durée menée avec des couples mariés, les personnes qui déclaraient davantage, à la septième année du mariage, le sentiment « notre mariage est entré dans une routine, nous faisons toujours les mêmes choses, nous ne faisons rien d’excitant ensemble » étaient, neuf ans plus tard, nettement moins satisfaites de leur mariage. Les chercheurs ont trouvé que cet effet passait en partie par la diminution du sentiment d’intimité (Tsapelas et al., 2009).
Cette étude ne porte pas sur le TDAH et n’examine pas à part les participants avec un TDAH. Mais elle montre clairement ceci : le malaise dans la relation n’est pas un sentiment inoffensif. Quand on l’ignore, il peut user l’intimité et la satisfaction avec le temps.
Deux choses peuvent donc être vraies en même temps. Le TDAH peut faciliter l’ennui. Et ce malaise, quelle qu’en soit la source, peut être un signe qui demande de l’attention à la relation.
Des questions qui aident à démêler
Ce n’est pas un test sûr. Ce sont quelques questions auxquelles t’accrocher quand tu regardes à l’intérieur de toi.
Le malaise existe-t-il seulement dans la relation, ou partout ? Si, ces derniers mois, ton travail, tes amitiés, tes loisirs te semblent aussi ennuyeux de la même façon, la source de ce malaise peut se trouver quelque part de plus général que la relation. Parfois, c’est même un signe de l’humeur plus que du système attentionnel. S’il y a un manque d’envie et une perte de plaisir qui durent, il vaut mieux en parler avec un spécialiste.
Est-ce de l’ennui, ou le manque de quelque chose ? « Je veux qu’il se passe quelque chose » et « il manque quelque chose dans cette relation » sont deux phrases différentes. La première demande de la nouveauté. La seconde peut demander quelque chose de plus profond, comme l’intimité, le fait d’être compris, le respect.
Que se passe-t-il quand le malaise est mis en paroles ? Quand tu dis à ton partenaire que tu veux essayer quelque chose de nouveau, trouves-tu un écho ? Quand vous faites quelque chose ensemble, le malaise disparaît-il temporairement ? S’il disparaît, le problème tient peut-être moins à la relation elle-même qu’à sa routine.
Ce sentiment est-il déjà venu avant ? Si le même malaise est arrivé au même point dans tes relations passées, dans tes travaux, dans tes occupations, tu regardes peut-être un schéma. Reconnaître le schéma donne la chance de faire autre chose cette fois-ci.
Apporter la nouveauté à l’intérieur de la relation
Voici le résultat que je préfère. Dans une série d’études menées avec des couples de longue durée, par questionnaire et par une enquête de porte à porte, les couples qui disaient faire ensemble des activités « excitantes » avaient une satisfaction relationnelle plus élevée, et ce lien s’expliquait en partie par moins d’ennui. Dans trois expériences de laboratoire, les couples qui accomplissaient seulement une tâche nouvelle et légèrement excitante de sept minutes déclaraient une plus forte augmentation de la qualité de leur relation que les couples qui accomplissaient une tâche ordinaire (Aron et al., 2000).
Sept minutes. Cela me donne beaucoup d’espoir.
La recherche de nouveauté d’une personne avec un TDAH va couler quelque part. La question est de savoir où. Voici quelques pistes qui me semblent valoir d’être essayées :
Des premières fois à deux. Un quartier où vous n’êtes jamais allés, un plat que vous n’avez jamais cuisiné, un jeu que ni l’un ni l’autre ne connaît. Cela n’a pas besoin d’être cher ni grand. L’important est que ce soit nouveau pour vous deux.
De petits changements dans la routine. Faire la même promenade du soir par un autre itinéraire. En regardant la même série, choisir à tour de rôle ce qu’on grignote. Que le but ne soit pas de retirer toute la répétition ; y ajouter un petit inconnu suffit.
Parler du besoin de nouveauté. Entre « je m’ennuie avec toi » et « j’ai un très fort besoin de nouveauté, tu veux qu’on y réponde ensemble ? », il y a un monde de différence. La seconde phrase invite ton partenaire non pas vers un problème, mais vers un projet.
Ne prends pas de grande décision avec le malaise. Dans le TDAH, le malaise peut sembler insupportable, et combiné à l’impulsivité, il peut pousser à des décisions soudaines : partir d’un coup, chercher de l’excitation en dehors de la relation, faire un pas difficile à défaire. Ne pas prendre de grande décision au moment où le malaise est le plus fort, observer le ressenti pendant quelques semaines et, au besoin, en parler à un spécialiste évite des pas que l’on regretterait. Cette face de l’impulsivité, je l’ai racontée dans l’article impulsivité dans le TDAH.
Il faut aussi que j’ajoute ceci : apporter de la nouveauté dans la relation ne règle pas les autres problèmes de la relation. S’il y a des rancœurs dont on ne parle pas, une charge inégale ou un manque de confiance, une nouvelle activité ne fait que les recouvrir pour un temps. Si tu remarques qu’il y a quelque chose de ce genre sous le malaise, il peut être plus juste d’avoir cette conversation avant d’augmenter l’excitation, et, au besoin, avec un thérapeute de couple.
La question que je me pose
En écrivant cet article, j’ai aussi dû accepter une chose : tous les malaises n’ont pas forcément de réponse. Parfois, le malaise arrive simplement, et s’en va au bout d’un moment. Essayer de le résoudre le fait parfois grossir. Apprendre à supporter un peu l’ennui est aussi, pour une personne avec un TDAH, une compétence à part entière.
Le malaise a toujours été une alarme pour moi : quelque chose ne va pas, change quelque chose, va quelque part. Pendant de longues années, j’ai obéi tout de suite à cette alarme. J’ai changé de travail, de sujet, d’occupation.
Maintenant, quand j’entends l’alarme, j’essaie de faire autre chose : attendre un peu et demander. Qu’est-ce que ce malaise veut ? Fuir, ou renouveler quelque chose ?
Parfois la réponse est vraiment de partir. Mais le plus souvent, elle me dit que je dois regarder avec un peu plus de conscience un endroit où mon attention ne va pas d’elle-même.
Questions fréquentes
- L’ennui dans la relation peut-il être lié au TDAH ?
- Oui, c’est possible. Chez les adultes avec un TDAH, la propension à l’ennui est nettement plus élevée, et elle s’explique en partie par des difficultés de contrôle de l’attention et de mémoire de travail.
- Comment savoir si le malaise vient de la relation ?
- En regardant si le même malaise apparaît aussi dans d’autres situations répétitives. S’il apparaît dans toute situation longue, la source n’est peut-être pas la relation.
- Est-ce une bonne idée d’ignorer le malaise ?
- Non. L’ennui dans le mariage est lié à la satisfaction conjugale, et mettre chaque malaise sur le compte du TDAH peut rendre invisible un vrai problème.
- Comment apporter de la nouveauté dans la relation ?
- En essayant ensemble quelque chose de nouveau, en faisant des projets qui sortent de la routine. Répondre au besoin de stimulation à l’intérieur de la relation plutôt qu’en dehors, cela aide.