TDAH et alimentation chez l’enfant : sucre, colorants, régimes
Le sucre rend-il l’enfant hyperactif ? Colorants et régime sans gluten aident-ils le TDAH ? Ce que la recherche montre ou non, et l’intérêt des repas réguliers.
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Des enfants qui sortent de leurs gonds à une fête d’anniversaire, qui courent dans tous les sens après le dessert, la phrase « il a mangé du sucre, il a pété les plombs » : cette idée est si répandue que la remettre en question paraît presque étrange.
Mais le lien entre l’alimentation et le TDAH est un terrain de mythes, aussi bien pour les familles que pour les réseaux sociaux. Cet article sépare ce que la recherche sait de ce qu’elle ne sait pas. Pour le côté adulte, il y a les articles l’alimentation dans le TDAH et le sucre provoque-t-il le TDAH.
Le sucre
La méta-analyse de Wolraich et de ses collègues, publiée dans le JAMA, est arrivée à la conclusion que le sucre n’a pas d’effet sur le comportement ou le fonctionnement cognitif de l’enfant : en regroupant les études contrôlées en double aveugle, aucune différence significative n’a été trouvée entre le sucre et le placebo.
Alors d’où vient l’observation « il est devenu fou après avoir mangé du sucre » ? Une partie vient de l’effet d’attente : si le parent sait qu’il a donné du sucre, il perçoit le comportement de l’enfant comme plus agité. Une autre partie vient de l’environnement : l’anniversaire, la foule, le bruit, l’excitation et le sommeil désorganisé augmentent déjà l’agitation.
Cela ne veut pas dire que le sucre est sans danger pour la santé de l’enfant. Pour la santé dentaire, le poids et l’alimentation en général, limiter le sucre a du sens. Mais accuser le sucre à propos du comportement et du TDAH n’est pas soutenu par les preuves.
Les colorants artificiels et les conservateurs
L’étude de McCann et de ses collègues, publiée dans The Lancet, a rapporté que certains mélanges de colorants alimentaires artificiels et de benzoate de sodium augmentaient légèrement les scores d’hyperactivité chez des enfants de 3 ans et de 8-9 ans. Cette étude reposait sur la population générale, c’est-à-dire qu’elle ne portait pas uniquement sur des enfants diagnostiqués TDAH ; et l’effet était faible.
La synthèse de Millichap et Yee interprète ce résultat ainsi : les colorants peuvent influencer le comportement dans une partie du groupe d’enfants, mais ils ne sont pas admis comme cause du TDAH. Dans l’Union européenne, les produits qui contiennent ces colorants doivent porter une étiquette d’avertissement indiquant qu’ils peuvent avoir un effet négatif sur l’activité et l’attention des enfants.
Conséquence pratique : réduire les sucreries colorées et transformées est déjà raisonnable pour la santé générale. Mais le présenter comme un traitement du TDAH est une exagération.
Les régimes restrictifs
Des pratiques comme le « régime d’éviction », le régime sans gluten ou la suppression des produits laitiers sont souvent recommandées sur les réseaux sociaux. Ce que sont leurs preuves pour le TDAH :
- S’il existe une situation diagnostiquée, comme la maladie cœliaque ou une allergie alimentaire précise, on applique bien sûr le régime de cette situation.
- Comme traitement du TDAH, un régime restrictif général n’a pas de preuves suffisantes et cohérentes.
- Manger de façon restreinte pendant longtemps peut être un risque pour la croissance et l’apport nutritionnel de l’enfant ; cela ne doit pas se faire sans la surveillance d’un diététicien et d’un médecin.
- Le stress que cela crée dans la famille et chez l’enfant doit aussi entrer dans le calcul. Porter à chaque repas une « liste de dangers » peut être une source d’anxiété pour l’enfant.
Les oméga-3 et les suppléments
La méta-analyse de Bloch et Qawasmi a montré que la supplémentation en acides gras oméga-3 pouvait apporter une petite amélioration des symptômes du TDAH. L’effet était nettement plus faible que celui du traitement médicamenteux. Cela ne fait pas des oméga-3 une chose « inutile » ni un « traitement » ; on les considère comme une petite contribution possible.
Il faut demander l’avis du médecin avant de donner un supplément. Surtout chez les enfants qui prennent un médicament, des suppléments qui paraissent « naturels » peuvent aussi créer une interaction ou un problème de dose. Les minéraux comme le fer et le zinc ne doivent être donnés, sur conseil du médecin, que si une carence a été constatée.
Là où l’alimentation compte vraiment
En dehors du terrain des mythes, l’alimentation a un vrai rôle :
- Des repas réguliers. Rester affamé puis manger de façon excessive crée des fluctuations de l’humeur et de l’attention. Que le déjeuner à l’école et la collation soient réguliers.
- Le médicament et l’appétit. Certains médicaments du TDAH coupent l’appétit. Dans ce cas, planifier les repas en fonction de l’heure du médicament est important pour que l’enfant mange suffisamment. Pour l’inquiétude sur la croissance, tu peux regarder l’article les médicaments et la croissance en taille.
- Les protéines et la variété. Une alimentation équilibrée est en général bénéfique pour l’énergie et l’humeur.
- La caféine. Des boissons comme le thé et le cola peuvent retarder le sommeil en soirée. Voir le sommeil de l’enfant avec un TDAH.
- L’ambiance à table. Un repas sans écran, calme et sans pression est un gain en soi pour la relation de l’enfant avec la nourriture.
Ne fais pas de la table un champ de bataille
La sélectivité alimentaire est fréquente chez les enfants avec un TDAH et, de façon générale, chez les enfants. Pour éviter une dispute à chaque repas, donner à l’enfant un choix limité (« carotte ou concombre ? ») et lui présenter le nouvel aliment en petite portion, de manière répétée, est le plus souvent plus efficace. Si le problème d’alimentation provoque une perte de poids nette ou un problème de croissance, il faut consulter le pédiatre.
Conclusion
L’alimentation n’est ni la cause ni le remède du TDAH. Elle compte pour la santé générale de l’enfant et pour son fonctionnement quotidien, mais elle n’offre pas de solution magique. Face à tout contenu qui promet « si tu supprimes cet aliment, ça s’arrange », il faut regarder s’il existe une preuve et qui vend.
Cet article est donné à titre d’information ; pour ton enfant, la décision appartient au médecin qui l’évalue.
Questions fréquentes
- Le sucre provoque-t-il le TDAH ou de l’hyperactivité ?
- La méta-analyse des études contrôlées n’a pas montré que le sucre influence le comportement ou le fonctionnement cognitif chez l’enfant. L’agitation observée dans les environnements sucrés (fêtes, jours de fête) s’explique en grande partie par l’effet de l’environnement.
- Les colorants artificiels augmentent-ils le TDAH ?
- Certaines études ont rapporté que des mélanges précis de colorants et de conservateurs peuvent influencer légèrement le comportement des enfants. L’effet ne se limitait pas aux enfants diagnostiqués TDAH, et il n’est pas admis comme cause du TDAH à lui seul.
- Un régime sans gluten ou restrictif est-il efficace ?
- En dehors de situations diagnostiquées comme la maladie cœliaque, il n’existe pas de preuves suffisantes en faveur d’un régime sans gluten ou restrictif pour le TDAH. Manger de façon restreinte pendant longtemps peut aussi être un risque pour la croissance de l’enfant.
- Faut-il donner un supplément d’oméga-3 ?
- Les méta-analyses rapportent que les oméga-3 peuvent avoir un petit effet sur les symptômes du TDAH ; cet effet est nettement plus faible que celui du traitement médicamenteux. Il faut demander l’avis du médecin avant de donner un supplément.