Crises de colère de l’enfant ayant un TDAH : quoi faire
Un cri pour un rien, un objet jeté, des pleurs. Le mécanisme derrière la colère de l’enfant ayant un TDAH, et ce qui aide pendant la crise et après.
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Le moment de la crise et l’après : le protocole6 étapes
- Ralentis d’abord ta propre voix et ton corps. Baisser la voix, parler lentement et descendre à la hauteur de l’enfant envoie au système nerveux le signal « pas de danger ». Crier nourrit la montée de l’enfant.
- Assure la sécurité, réduis les stimulations. Éloigne les objets cassables, coupe l’écran et le bruit, sors de la foule. Si toucher l’enfant le fait monter davantage, ne le touche pas.
- Nomme en une courte phrase. « Tu étais très en colère. » « Tu ne voulais pas ça. » Pas de longue explication ni de leçon de morale. Quand l’enfant nomme ce qui s’est passé, la colère se déplace un peu.
- Donne un lieu et du temps pour se calmer. Un coin à lui, une couverture, de l’eau ou une respiration lente : une option choisie ensemble à l’avance. Il faut l’avoir mise en place à un moment calme, pas au milieu de la crise.
- Parle une fois que l’enfant s’est calmé. Parle brièvement de ce qui s’est passé et de ce qu’on peut faire la prochaine fois. Utilise un langage qui ne reproche pas, mais qui cherche la solution ensemble.
- Répare et garde une trace. Si nécessaire, ramassez ensemble ce qui a été cassé, en visant « réparer » plutôt que s’excuser. Note l’heure, la situation et la fatigue qui déclenchent les crises ; un schéma apparaît.
À la caisse du supermarché, un seul « non ». Puis un enfant par terre, des cris, des regards qui se tournent. Pour le parent, l’unique but de ce moment est en général d’en finir au plus vite.
Cet article raconte pourquoi surviennent les crises de colère chez les enfants ayant un TDAH, et ce qu’on peut faire sur le moment et après. Pour la version adulte, voir l’article sur les crises de colère dans le TDAH.
Pourquoi cela paraît si exagéré
Dans le TDAH, la régulation émotionnelle est souvent touchée, autant que l’attention et l’agitation. La synthèse de Shaw et de ses collègues indique que la difficulté de régulation émotionnelle est fréquente chez les enfants et les adolescents ayant un TDAH et qu’elle est liée à une perte de fonctionnement. Certains chercheurs, comme Barkley, considèrent l’impulsivité émotionnelle comme l’un des traits centraux du TDAH ; même si ce point de vue ne figure pas dans les critères diagnostiques, il est largement pris en compte en clinique.
Pour simplifier le mécanisme : l’émotion monte vite, et le frein qui dit « stop, réfléchis » entre en jeu tard. À ce moment-là, l’enfant n’est pas en état de dire ce qu’il veut ni pourquoi il est en colère.
Voici ce qui abaisse le seuil :
- la faim, la fatigue et le manque de sommeil
- la surstimulation : bruit, foule, écran
- les transitions brusques : quitter le jeu, rentrer à la maison
- les petites déceptions qui s’enchaînent
- les heures où l’effet du médicament s’estompe. C’est un sujet à aborder avec le médecin.
Ce qu’il faut faire pendant la crise
Le moment de la crise n’est pas un moment pour enseigner. Le but est que l’enfant soit en sécurité et se calme plus vite.
Garde ton propre calme. Le système nerveux de l’enfant prend des informations dans la voix et sur le visage du parent. Si ta voix monte, la montée de l’enfant se poursuit. Prendre une grande inspiration et parler lentement est la chose la plus efficace que tu puisses faire à ce moment-là.
Gère la sécurité et les stimulations. Éloigne ce qui peut se casser. Réduis le bruit, sors de la foule. Certains enfants se calment quand on les touche, d’autres montent davantage ; tu connais ton enfant.
Parle peu. Une seule phrase comme « tu étais très en colère » suffit. Discuter à ce moment-là de pourquoi il a fait ça ou pourquoi c’est mal ne sert à rien.
Ne négocie pas, discute la concession plus tard. Une concession faite pour mettre fin à la crise peut donner à l’enfant le message « quand je pique une crise, ça marche ». La décision se prend dans un moment calme.
Se préparer dans un moment calme
Au milieu de la crise, tu ne peux rien enseigner de nouveau. C’est pourquoi tu peux mettre en place ceci dans les moments calmes :
- Un coin de calme choisi ensemble : un coussin, une couverture, un livre. Pas un endroit de punition, un refuge.
- Une échelle simple de la colère : une carte à trois niveaux comme « petite, moyenne, grande ». L’enfant montre son propre niveau.
- Des moyens de se calmer déjà essayés : respiration lente, se laver le visage à l’eau, un câlin serré. Utilise celui qui marche.
- Un avertissement avant les transitions. La méthode de l’avertissement de transition, décrite dans l’article sur le TDAH à l’âge préscolaire, marche à tout âge.
Après la crise
Quand l’enfant s’est calmé, on fait une courte réparation.
- D’abord, recoller la relation : un câlin ou la phrase « je suis là ».
- Résume en deux ou trois phrases ce qui s’est passé. Sans reproche.
- Parle d’une seule chose pour la prochaine fois : « La prochaine fois que tu es en colère, tu peux aller dans ton coin. »
- Si nécessaire, applique la conséquence : par exemple ramasser ensemble ce qu’il a cassé, quelque chose de raisonnable et lié au dégât. Les punitions humiliantes ou lourdes ne marchent pas et abîment la relation.
Ce sujet est enseigné de façon systématique dans les programmes de formation parentale et, d’après les évaluations, il réduit les problèmes de comportement.
Prendre soin de toi aussi
Dans une maison où les crises sont constantes, il est très fréquent que le parent s’épuise aussi. S’y ajoutent la colère contre soi-même et la pensée « pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ». L’article être parent avec un TDAH traite du cas où le parent a lui aussi un TDAH, mais la question de l’épuisement vaut pour tout le monde.
Quand demander de l’aide
Il faut consulter un pédopsychiatre dans les cas suivants :
- si les crises sont très fréquentes et très violentes
- si l’enfant se fait du mal ou en fait à quelqu’un d’autre
- si l’exclusion de l’école ou des amis a commencé
- si les crises s’accompagnent d’insomnie, d’anxiété ou de symptômes dépressifs
Cet article est informatif ; pour ton enfant, la décision revient au médecin qui l’évalue.
Questions fréquentes
- Pourquoi un enfant ayant un TDAH se met-il autant en colère pour un rien ?
- La régulation émotionnelle est un aspect souvent associé au TDAH : l’émotion monte vite, la capacité de freinage arrive en retard. La fatigue, la faim et la surstimulation abaissent le seuil.
- Punir pendant la crise sert-il à quelque chose ?
- Une punition donnée au moment de la crise augmente généralement la montée et n’aide pas l’enfant à apprendre. Les conséquences et la solution se discutent une fois l’enfant calmé.
- Que dire après la crise ?
- Une phrase courte et sans reproche : parle de ce qui s’est passé, de ce que l’enfant a ressenti et de ce qu’on peut faire la prochaine fois. Faire la morale pousse l’enfant à se mettre sur la défensive.
- Quand faut-il consulter un spécialiste ?
- Si les crises sont très fréquentes et violentes, si l’enfant ou quelqu’un d’autre se fait mal, si l’école et les amitiés en pâtissent, il faut consulter un pédopsychiatre.