TDAH chez l’enfant et amitié : pourquoi les pairs sont un défi
Attendre son tour, couper la parole, gâcher le jeu : pourquoi l’enfant avec un TDAH peine à se faire des amis et ce que le parent peut faire chez lui et à l’école.
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L’enfant semble ne pas avoir d’amis, ou ses amitiés ne durent pas. L’enseignant dit « il gâche le jeu », l’enfant dit « personne ne veut jouer avec moi ».
Pour un parent, c’est peut-être l’aspect le plus déchirant du TDAH. Les problèmes d’attention et de devoirs, on finit par s’en sortir d’une façon ou d’une autre ; mais voir son enfant seul pèse d’un autre poids. Cet article raconte d’où vient cette difficulté et ce qu’on peut faire. Pour le côté adulte, il y a l’article TDAH et amitié.
À quel point la difficulté est répandue
D’après la synthèse de Hoza, une bonne partie des enfants avec un TDAH reçoivent une évaluation sociale négative de leurs pairs : ils restent en dehors des groupes de jeu, sont moins choisis, parfois rejetés. Ce n’est pas seulement le cas des enfants aux symptômes sévères, c’est souvent une partie du tableau.
Un point important : ce n’est pas un défaut de caractère. Cela n’a rien à voir avec le fait que l’enfant serait méchant ou désagréable ; les fonctions nécessaires aux habiletés sociales sont mises à l’épreuve.
Les causes de la difficulté
L’amitié demande bien plus de fonctions exécutives qu’on ne le croit :
- Attendre son tour et ne pas couper la parole. Attendre son tour dans le jeu et ne pas interrompre la conversation demandent du contrôle de l’impulsion.
- Réguler l’émotion. Ne pas se mettre en colère quand on perd, ne pas quitter le jeu quand on est fâché. L’article sur les accès de colère en explique le fond.
- Lire les indices sociaux. L’autre s’ennuie-t-il, ai-je dépassé la limite ? La distractibilité peut faire manquer ces signaux.
- Mémoire de travail. Garder en tête la règle du jeu et son déroulement.
- Excès d’énergie et de bruit. Entraîner le jeu à son propre rythme peut submerger les autres enfants.
La difficulté vient la plupart du temps moins de « ne pas savoir comment faire » que de « ne pas pouvoir le faire sur le moment ». C’est pourquoi dire simplement « sois gentil » sert à peu de chose.
Pourquoi c’est si important
D’après la synthèse de Mikami, l’amitié peut être à la fois un risque et un espace protecteur pour les jeunes avec un TDAH. Une amitié de qualité protège contre le risque d’anxiété et de dépression, et soutient l’adaptation scolaire et l’estime de soi. Le rejet par les pairs, à l’inverse, augmente le risque à long terme.
L’objectif n’est donc pas de rendre l’enfant populaire, mais de soutenir au moins une amitié sûre.
Ce qui aide à la maison et à l’école
Des rencontres courtes et à deux. Le grand groupe est difficile à gérer. Une rencontre de jeu d’une heure avec un seul enfant, dont la structure est claire, réussit mieux. Le parent reste à proximité, prêt à intervenir si besoin.
Parle des règles avant le jeu. « Aujourd’hui, vous allez faire des Lego avec Ali. Il choisit d’abord, ensuite toi. Si tu te fâches, tu peux aller dans le coin de la chambre. » Court, concret et positif.
Après le jeu, donne un retour positif. « Tu as très bien attendu ton tour. » Dire une chose que l’enfant a réussie, plutôt que dresser la liste de ses erreurs, augmente la probabilité qu’il recommence.
Pars de ce qui intéresse l’enfant. Il est plus facile de créer un lien avec un enfant qui partage le même intérêt. Les clubs, les sports d’équipe et les activités structurées sont plus faciles à gérer que la conversation pendant le temps libre.
Les programmes d’habiletés sociales. Il existe des programmes qui enseignent les habiletés sociales de façon systématique, mais les preuves sont mitigées : l’effet des formations de groupe données seulement en clinique ne se voit pas toujours à la maison et à l’école. Les approches appliquées dans le quotidien, auxquelles participent aussi le parent et l’enseignant, sont jugées plus prometteuses. Tu peux demander une orientation à ton médecin à ce sujet.
Ce qui peut se faire à l’école
- Parler avec l’enseignant des moments où l’enfant a du mal (récréation, travail de groupe). L’article parler avec l’enseignant explique la préparation.
- Une activité structurée pendant la récréation ou l’association avec un camarade « aidant » sûr.
- Le rôle de chacun fixé à l’avance dans les travaux de groupe.
- S’il y a des signes de harcèlement, voir tout de suite la direction de l’école.
Ce ne sont pas des erreurs du parent, ce sont des impasses
Corriger aussitôt chaque faux pas social de l’enfant crée de la honte chez lui. Intervenir pour sauver chaque rencontre l’empêche d’apprendre. Trouver l’équilibre est difficile et diffère pour chaque famille. Il n’est pas nécessaire d’être parfait.
Comment l’expliquer à l’enfant
Au lieu de dire à l’enfant « pourquoi tu n’as pas d’amis », lui dire « tu as peut-être du mal en amitié, on peut y travailler ensemble » garde la communication ouverte. Pour savoir comment lui parler de son diagnostic, l’article expliquer son TDAH à l’enfant te sera utile.
Cet article est donné à titre d’information ; pour ton enfant, la décision revient au médecin qui l’évalue.
Questions fréquentes
- Pourquoi les enfants avec un TDAH ont-ils du mal en amitié ?
- Attendre son tour, ne pas couper la parole, contenir un débordement émotionnel et suivre les indices sociaux demandent des fonctions exécutives. Comme ces fonctions sont mises à l’épreuve dans le TDAH, les relations avec les pairs en sont touchées.
- L’enfant doit-il avoir beaucoup d’amis ?
- Non. Les recherches montrent que ce qui protège, c’est moins le nombre qu’au moins une amitié proche et solide. L’objectif n’est pas la foule, mais une relation de confiance.
- Les anniversaires et les jeux de groupe sont difficiles pour l’enfant, que faire ?
- Commencer par des rencontres courtes et à petit effectif, parler des règles avant le jeu et, si besoin, rester à proximité en tant que parent aide. Les grands groupes viennent plus tard.
- Le harcèlement entre pairs est-il plus fréquent chez les enfants avec un TDAH ?
- Les recherches indiquent que les enfants avec un TDAH peuvent être plus exposés, aussi bien comme victimes que comme auteurs. Il est important de rester en contact régulier avec l’école et de prendre au sérieux ce que l’enfant raconte.