TDAH et batterie sociale : aimer les gens et s’épuiser quand même
Pourquoi me réveiller épuisée le lendemain d’une belle soirée ? D’où peut venir la fatigue sociale dans le TDAH, et quelques façons de ménager sa batterie.
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Parfois, on rentre chez soi après une soirée très agréable et, à l’instant où l’on referme la porte, on aurait envie de s’asseoir par terre.
Personne n’a rien fait. Aucune mauvaise phrase n’a été dite. J’ai ri, j’ai parlé, j’étais auprès de gens que j’aime. Pourtant, le lendemain matin, je me réveille comme si j’avais fait du déménagement toute la journée.
Pendant longtemps, j’ai pris cela pour une bizarrerie qui ne regardait que moi. Quelqu’un qui aime les gens ne devrait pas se fatiguer autant. Soit je n’aimais pas les gens autant que je le croyais, soit il y avait en moi une forme d’ingratitude.
Ce n’était ni l’un ni l’autre.
Ce que veut dire la batterie sociale, et ce qu’elle ne veut pas dire
La « batterie sociale » est une image employée dans le langage courant. Elle dit que le temps passé avec les autres dépense de l’énergie, que cette énergie finit par s’épuiser et qu’il faut du temps sans personne autour pour la recharger.
Je le dis honnêtement : il n’existe pas, en psychologie, de concept défini et mesuré sous le nom de « batterie sociale ». J’emploie le mot parce qu’il décrit très bien ce que je vis. Mais je ne le présenterai pas comme une certitude scientifique.
Je veux aussi séparer une chose : la fatigue sociale n’est pas propre au TDAH. Les personnes introverties, les personnes anxieuses, les personnes qui viennent simplement de passer une semaine chargée la vivent aussi. Ce qui me fait me poser la question, ce sont les voies par lesquelles le TDAH peut contribuer à cette fatigue.
La fatigue elle-même est déjà plus fréquente
Je regarde d’abord le tableau général. Dans une étude qui comparait des adultes ayant un TDAH, venus consulter dans une clinique spécialisée, à des patients atteints du syndrome de fatigue chronique et à des personnes en bonne santé, le groupe TDAH était nettement plus fatigué que le groupe sain. 62 % des participants avec un TDAH remplissaient les critères de fatigue (Rogers et al., 2017).
Cette étude n’examine pas à part les contextes sociaux. Mais elle me dit ceci : il se peut que je commence déjà la journée avec une charge plus basse. Le même dîner peut être une activité agréable pour quelqu’un qui y va avec une batterie pleine, et un lourd fardeau pour quelqu’un qui y va avec une batterie à moitié pleine.
J’ai traité les sources générales de la fatigue dans l’article « le TDAH est-il source de fatigue ». Ici, je regarde son côté social.
Ce qui tourne en arrière-plan pendant une conversation
Je m’imagine assise à une table pleine de monde. Vue de l’extérieur, on me voit seulement parler. À l’intérieur, voici ce qui se passe en même temps :
Trier les sons. Le rire à la table d’à côté, le bruit d’une cuillère, la musique au fond et la phrase de la personne en face arrivent à la même hauteur. Je dépense sans cesse de l’effort pour choisir ce que je vais écouter. Une étude menée dans la population générale montre que plus les traits de TDAH augmentent, plus les difficultés de traitement sensoriel signalées augmentent aussi (Panagiotidi et al., 2018). C’est un résultat corrélationnel, et pas un échantillon diagnostiqué ; mais il donne un indice sur la raison pour laquelle les lieux bondés fatiguent plus vite. Les détails sont dans l’article sur la surcharge sensorielle.
Se surveiller. Ne pas couper la parole. Ne pas ramener le sujet à soi. Tu parles trop vite, ralentis. Si je dis ça maintenant, est-ce que ce sera trop personnel ? Garde en tête ce que tu veux dire pour ne pas l’oublier, mais écoute aussi la personne en face. Cette voix intérieure ne se tait pas de toute la soirée.
Les notes invisibles. Comment s’appelait l’enfant de qui, qu’avait-il raconté la dernière fois, quel sujet fallait-il éviter. Essayer de se rappeler tout cela est aussi un travail à part.
Le deuxième point a un nom : le masquage. Le symptôme reste en place ; tu dépenses de l’énergie pour le rendre invisible. Le contexte social est l’un des endroits où le masquage travaille le plus intensément. J’ai traité le sujet plus largement dans l’article sur le masquage dans le TDAH.
De l’extérieur, je ne fais que discuter. À l’intérieur, je discute et, en même temps, je gère la personne qui discute.
Les émotions arrivent aussi plus fort
Il y a aussi le côté des émotions. Une méta-analyse sur la régulation émotionnelle dans le TDAH de l’adulte a trouvé que, parmi les dimensions examinées, la plus grande différence entre les adultes avec un TDAH et les témoins en bonne santé se situait dans les fluctuations émotionnelles (Beheshti et al., 2020).
Dans une soirée sociale, cela se traduit ainsi : une joie plus haute, une blessure née d’un regard plus haute, une phrase rejouée en boucle dans la tête sur le chemin du retour plus longue. La question « a-t-on mal compris ce que j’ai dit ? » dure parfois plus longtemps que la nuit elle-même.
Je ne vois pas de problème dans le fait de ressentir intensément. Mais cela consomme du carburant.
Une trace venue de l’enfance
Une méta-analyse réunissant 109 études menées auprès d’enfants montre que les enfants ayant un TDAH ont le plus de difficultés dans les relations avec les pairs (Ros et Graziano, 2018). Cette étude porte sur des enfants, et il ne serait pas juste de la transposer directement à l’âge adulte.
Pour ma part, pourtant, je pense ceci : quelqu’un qui a appris tôt la possibilité de faire quelque chose de travers dans un contexte social peut, une fois adulte, entrer dans ces contextes un peu sur le qui-vive. Être sur le qui-vive est aussi fatigant. C’est mon interprétation ; la recherche ne l’examine pas directement.
La pensée « donc je n’aime pas les gens »
C’est la vraie préoccupation de cet article, cette phrase.
Quand on lit la fatigue comme un rapport d’émotions, il est facile d’arriver à cette conclusion : si je me fatigue, c’est que je ne le veux pas. Or aimer quelque chose ne veut pas dire pouvoir y consacrer une énergie illimitée. J’aime beaucoup les longues marches, et après une marche, je suis aussi fatiguée. Personne ne me dit « donc tu n’aimes pas marcher ».
Quand j’ai fait cette distinction, deux choses ont changé. La première : j’ai cessé de regarder avec culpabilité l’épuisement du lendemain. La seconde : au lieu de refuser les invitations, j’ai commencé à réfléchir à la façon d’y participer.
Il y a autre chose : je ne suis pas la seule à mal lire la fatigue sociale. Quand on part tôt, quand on se tait pendant une semaine, l’autre peut le lire comme de la froideur. Cela peut se confondre avec le silence de quelqu’un qui, blessé, réduit la communication. C’est pour cela que je tiens aux formules ci-dessous.
Ce que je trouve digne d’être essayé pour ménager la batterie
Je ne donne pas ici de recette, parce que ce qui recharge la batterie de chaque personne varie beaucoup. Voici quelques organisations qui ont du sens pour moi.
Laisser de l’espace avant et après une rencontre
Quand j’inscris un plan social dans mon agenda, je n’écris pas seulement le plan lui-même. Avant, je laisse une demi-heure sans rien ; après, si possible, une demi-journée tranquille. Sortir d’une réunion pour aller directement à un dîner bondé, c’est ouvrir la batterie à partir d’un point proche de zéro.
Dans le glossaire, cela s’appelle le budget d’énergie : penser l’énergie de la journée comme de l’argent limité et planifier les dépenses à l’avance.
Annoncer la sortie dès le départ
Quand j’arrive quelque part, je dis à quelle heure je partirai avant que l’ambiance ne se soit réchauffée. « Je voulais venir, je pourrai rester jusqu’à onze heures. » Quand je le dis au début, il se passe deux choses : je n’ai pas à m’expliquer au moment de me lever, et je ne passe pas toute la soirée à calculer « à quel moment partir ne serait pas malpoli ». Ce calcul aussi puise dans la batterie.
Choisir le format
Avec la même personne, un dîner bondé de trois heures et une promenade d’une heure ne dépensent pas la même batterie. Faire quelque chose côte à côte peut fatiguer moins que de s’asseoir face à face et se regarder dans les yeux en parlant. Je l’avais écrit aussi dans l’article « le TDAH et l’amitié » ; ce que je veux ajouter ici, c’est que choisir le format est une façon de protéger la rencontre elle-même.
Garder l’explication courte
Faire une longue explication pour que l’autre ne se méprenne pas fatigue aussi. Une seule phrase suffit :
- « Ma batterie est basse aujourd’hui, voyons-nous brièvement, mais voyons-nous. »
- « Je me fatigue vite dans les lieux bondés, viens chez nous, on boira un thé. »
- « Ce week-end, je resterai silencieuse, je ne t’en veux pas, je me remets simplement. »
La troisième phrase est particulièrement importante, parce qu’elle détermine dès le départ comment le silence sera lu.
Compter la récupération comme un vrai travail
En rentrant, m’enfouir tout de suite dans le téléphone ressemble à du repos, mais mon esprit se remplit de nouvelles stimulations. Pour moi, la récupération, c’est quelque chose de peu stimulant : une douche, une pièce calme, une marche, parfois simplement rester assise. Estimer combien de temps cela demande est aussi une compétence ; dans le glossaire, cela figure sous le nom de temps de récupération.
Le journal de la batterie. Pendant un mois, le lendemain de chaque événement social, note une seule ligne : quel événement, combien de personnes, combien de temps, et ton énergie du lendemain de 1 à 5. Au bout de quelques semaines, tu commences à voir, au lieu de deviner, quels formats te fatiguent et lesquels te reposent.
Quand il faut regarder autre chose
Si la fatigue sociale se transforme, au bout d’un moment, en un retrait complet des gens, en une mise à distance de tout ce qui procurait du plaisir, et en un abattement qui dure des semaines, la question peut dépasser la gestion de la batterie. La dépression et l’anxiété sociale accompagnent souvent le TDAH, et c’est un spécialiste qui fait cette distinction.
Dans un moment où ça va très mal, tu n’as pas à rester sans personne à tes côtés. En Turquie, tu peux appeler le 112 (urgences) en cas d’urgence et l’ALO 183 (ligne de soutien social) pour un soutien social.
Ce que je pense aujourd’hui
J’aime les gens. Et je me fatigue aussi.
Entre ces deux phrases, pendant de longues années, j’ai mis un « mais ». Maintenant, j’essaie de mettre un « et ». Connaître ma batterie me semble être la voie qui me permet d’aller vers les gens plus longtemps.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que la batterie sociale ?
- Ce n’est pas un terme scientifique ; c’est une image du quotidien pour l’énergie qui s’épuise après du temps passé avec les autres.
- J’aime les gens mais je m’épuise, pourquoi ?
- Parce que pendant une conversation, plusieurs tâches tournent en arrière-plan : tenir son attention dans un lieu bruyant, se surveiller sans cesse pour ne pas couper la parole et ajuster ses réactions.
- Cette fatigue est-elle propre au TDAH ?
- La fatigue est en général signalée plus souvent chez les adultes ayant un TDAH. Le contexte social est l’une des sources qui l’augmentent.
- Comment ménager ma batterie ?
- En limitant la durée à l’avance, en prévoyant un plan de sortie et en laissant un jour libre après une journée chargée.