Le frère ou la sœur d’un enfant TDAH : justice et jalousie
Un diagnostic de TDAH change l’équilibre de la maison. Ce que ressent la fratrie, les conflits entre frères et sœurs, et comment veiller sur tous les enfants.
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Quand il y a un enfant TDAH dans une maison, l’autre enfant qui y vit habite lui aussi dans le TDAH. Pourtant, on parle de lui et on pense à lui bien moins souvent.
Cet article porte sur la difficulté que vivent les frères et sœurs d’un enfant TDAH, et sur la façon dont le parent peut veiller sur les deux côtés.
Pourquoi la relation fraternelle peut être difficile
La synthèse de Mikami et Pfiffner rapporte que, en moyenne, les relations des enfants TDAH avec leurs frères et sœurs sont plus conflictuelles et parfois moins chaleureuses. Il y a plusieurs raisons évidentes à cela :
- L’impulsivité et les réactions émotionnelles de l’enfant TDAH se tournent aussi vers sa fratrie : couper la parole, toucher les affaires, gâcher le jeu, explosions.
- Une grande partie de l’attention du parent va vers l’enfant le plus agité ou le plus difficile.
- Les règles semblent appliquées différemment aux deux enfants. On se montre tolérant avec l’un, tandis qu’on peut attendre davantage de l’autre « parce qu’il est plus grand ».
- La fratrie grandit au milieu du stress de la maison : explosions, heures de crise, rendez-vous à l’école.
Ce que la fratrie peut ressentir
Rien de tout cela n’est anormal :
- La jalousie. « C’est toujours lui qu’on regarde. »
- La colère. « Il me crie dessus, et il ne lui arrive rien. »
- La culpabilité. « Mon frère est malade, je ne devrais pas lui en vouloir. »
- La honte. Le comportement du frère ou de la sœur devant les amis.
- L’invisibilité. « Moi, je ne pose pas de problème, alors on ne s’occupe pas de moi. »
- L’excès de responsabilité. « Je dois garder un œil sur lui. »
Chacun de ces sentiments est naturel. Ce qui est difficile, c’est qu’ils restent le plus souvent tus. Car l’enfant qui pense que « la famille a déjà bien assez de soucis » devient silencieux.
Un temps à part pour chaque enfant
Ce dont la fratrie a besoin, c’est le plus souvent moins d’une attention constante que d’un temps réservé, à elle seule. Même un court rendez-vous hebdomadaire fait la différence :
- Un temps sans téléphone, sans interruption. Même quinze ou vingt minutes.
- Une activité choisie par l’enfant.
- Un rituel qui se répète : un livre avant le coucher, une promenade.
La régularité compte autant que la durée. L’enfant doit savoir que ce moment viendra.
Expliquer le diagnostic à la fratrie
Les enfants sont plus à l’aise avec ce qu’ils comprennent. Il aide de donner à la fratrie une explication courte, à la mesure de son âge et sans reproche :
- « Le cerveau de ton frère fait certaines choses autrement : faire attention et attendre sont plus difficiles pour lui. »
- « Ce n’est pas de la vilaine conduite de sa part. Mais c’est normal que tu sois en colère, toi aussi. »
- « Je ne le laisserai pas te frapper. »
Il est important de dire, dans la même phrase, à la fois la difficulté de l’enfant TDAH et le droit de l’autre. Pour savoir comment parler du diagnostic à l’enfant TDAH lui-même, tu peux lire l’article expliquer le TDAH à son enfant.
Être juste n’est pas être égal
« Pourquoi tu lui permets, à lui, et pas à moi ? » : cette question revient très souvent dans ces maisons. La réponse commence par savoir que la question porte souvent moins sur « l’égalité » que sur « la justice » :
- Rends les règles visibles pour tous : règles de la maison, temps d’écran, tâches.
- Là où un soutien différent est nécessaire, explique pourquoi : « Je règle un minuteur pour ton frère parce qu’il a du mal à démarrer. Pour toi aussi, on en réglera un quand il le faudra. »
- Que la fratrie ait ses propres droits : sa chambre, ses affaires, ses heures de calme.
- Vois aussi les réussites et les difficultés de l’autre enfant.
Ne fais pas de la fratrie un gardien
Dire à l’aîné « surveille ton frère » est tentant, mais risqué. La fratrie doit pouvoir vivre son enfance, et la surveillance est l’affaire de l’adulte. Une responsabilité constante accable l’enfant et déforme la relation entre les deux, qui devient une relation « adulte-enfant ».
De petites aides adaptées à l’âge ne posent pas de problème. Mais il ne faut pas que cela devienne une charge de surveillance permanente.
Quand les conflits éclatent
- Avant de prendre parti, écoute ce qui s’est passé de la bouche des deux côtés.
- Repère les heures de conflit : la fatigue, la faim et la course du matin sont les moments les plus à risque.
- Convenez à l’avance de ce qui se passera si cette règle n’est pas respectée.
- Évite qu’un seul des deux soit toujours le « coupable ». L’enfant TDAH n’est pas non plus l’auteur à chaque fois.
Les programmes de formation des parents (voir les programmes de formation des parents) enseignent de façon systématique la plupart de ces compétences.
Une note pour le parent
Cet article aussi peut se lire comme une charge de plus sur les épaules du parent. Le but n’est pas une justice parfaite : c’est que la fratrie sache qu’elle est vue, entendue et précieuse. La perfection n’est pas nécessaire, la réparation suffit. Dire « je t’ai entendu » après chaque conflit est le plus souvent une réparation suffisante.
Si la tension est forte dans la famille, consulter un thérapeute familial ou un pédopsychiatre est une démarche raisonnable.
Questions fréquentes
- Pourquoi le frère ou la sœur d’un enfant TDAH est-il en colère ?
- L’essentiel de l’attention des parents va à l’enfant TDAH, les règles de la maison semblent appliquées différemment, et la fratrie se retrouve souvent au milieu de ses explosions. La colère est une réaction naturelle à ces situations.
- Des règles différentes selon l’enfant, est-ce juste ?
- Ce n’est pas égal, mais cela peut être juste. L’important est d’expliquer la raison de cette différence à l’autre enfant, à la mesure de son âge, et de rendre visibles ses propres droits et responsabilités.
- Est-ce un problème de voir le frère ou la sœur comme un gardien de l’enfant TDAH ?
- Oui, à long terme, c’en est un. Imposer à la fratrie une surveillance et une responsabilité constantes abîme à la fois son enfance et la relation entre les deux enfants. La surveillance est l’affaire de l’adulte.
- Combien de temps à part faut-il accorder à chaque enfant ?
- Ce n’est pas la durée qui compte, c’est la régularité. Un moment par semaine, rien que pour cet enfant, même court, sans téléphone, change quelque chose pour la plupart des enfants.