Swann’ların Tarafı (Du côté de chez Swann)
Je ne l’ai pas fini, je l’ai commencé trois fois, et j’écris quand même : la distinction entre mémoire volontaire et involontaire m’a suffi.
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Je n’ai pas réussi à finir ce livre. Je l’ai commencé trois fois, et l’endroit le plus loin où je sois allée, c’est autour de la page deux cents.
J’écris quand même ici, parce que ce qu’il a laissé en moi ne demandait pas que je le finisse.
Ce que c’est
Kayıp Zamanın İzinde (À la recherche du temps perdu) est une œuvre en sept volumes. Celui-ci est le premier, et il se divise lui-même en trois parties.
Combray : l’enfance du narrateur. Une petite ville, une maison, le soir, l’attente du baiser de sa mère avant de s’endormir.
Swann'ın Bir Aşkı (Un amour de Swann) : une histoire qui se passe avant la naissance du narrateur. L’amour obsessionnel d’un homme riche et élégant nommé Swann pour une femme nommée Odette.
Yer Adları (Noms de pays) : le premier amour enfantin du narrateur pour Gilberte, la fille de Swann.
L’intrigue est mince, et volontairement. Le sujet du livre n’est pas les événements, mais la façon dont les événements restent dans l’esprit.
L’idée qui m’a arrêtée
Proust distingue deux sortes de mémoire.
La mémoire volontaire : celle qui vient quand tu essaies de te souvenir. Sèche, incomplète, arrangée.
Et voici le vrai problème : ce dont tu te souviens n’est pas l’événement lui-même, mais la manière dont tu l’as raconté auparavant. À force de raconter, une version se forme, et à la fin tu te souviens de cette version. L’original a disparu.
La mémoire involontaire : celle qui vient avec une odeur, un goût, un son. Elle ramène l’événement avec toute son émotion, et on ne peut pas la produire à volonté.
C’est la fameuse scène : le narrateur goûte le biscuit trempé dans le tilleul et une petite ville entière, une enfance entière revient. Avec des détails dont il ne se souvenait pas jusque-là.
Ce qui s’est installé dans ma propre mémoire
Les choses que j’essaie de me rappeler de force reviennent toujours de la même façon, comme apprises par cœur. Les mêmes trois phrases, dans le même ordre, avec les mêmes détails.
Mais une chanson passe, et dix ans plus tôt s’ouvre tel quel. Sans que je l’aie voulu, sans préparation, avec tous ses détails.
La seconde, on ne peut pas la produire. Il faut attendre.
C’est ce que Proust poursuit pendant sept volumes, et c’est une poursuite justifiée. Une fois que j’ai compris cela, je pense que je n’ai pas besoin du reste du livre. Peut-être que je me trompe.
Le chapitre de la jalousie
Une partie du chemin le plus long que j’aie fait, c’était l’amour de Swann, et j’y ai trouvé autre chose.
Quand Swann tombe amoureux d’Odette, il se met à l’imaginer partout où elle se trouve. Avec qui, où, ce qu’elle fait.
Proust écrit cette obsession pas à pas : une question est posée, la réponse ne suffit pas, de la réponse naît une nouvelle question, et la chaîne ne finit jamais.
À la fin, Swann s’aperçoit de ceci : il a dépensé des années de sa vie pour une femme qu’il n’aimait pas vraiment.
Ce chapitre peut se lire comme un roman à lui seul, et je crois que c’est la partie la plus accessible.
Les phrases m’ont vaincue
Une phrase peut durer une demi-page. Des parenthèses y entrent, des comparaisons, des pensées incidentes, puis elle revient à la phrase principale et tu as oublié par où tu avais commencé.
Ce n’est pas un défaut, c’est une méthode : la façon dont la pensée coule vraiment, en s’interrompant et en se ramifiant, il la fait passer dans la forme de la phrase.
J’ai essayé de lire à voix haute, et c’était vraiment mieux. Les longues phrases se dénouent avec la voix : les endroits où tu respires montrent la structure de la phrase.
Mais je n’ai pas tous les jours un moment silencieux où lire à voix haute.
Ce que j’ai accepté
Ce livre ne s’accorde pas avec ma vie actuelle.
On ne le lit pas avec une attention fragmentée, et je vis avec une attention fragmentée. Ce n’est pas une affaire de capacité, c’est une affaire de conditions, et cela revient au même endroit que ce que décrit Woolf : tout le monde n’a pas du temps sans interruption.
Le jour où j’ai cessé de porter le fait de finir comme une dette, j’ai été soulagée, et ce soulagement compte aussi comme une sorte de gain.
Un jour, peut-être. Pas maintenant.
Pour celles et ceux qui veulent essayer
Cinq pages par jour, c’est un objectif réaliste. Ne vise pas à finir.
Quand tu perds la phrase, reviens au début ; tout le monde le fait, il n’y a pas de quoi avoir honte.
Ne planifie pas les sept volumes. Ce volume se tient tout seul, et la partie « Swann'ın Bir Aşkı » est imprimée séparément — on peut aussi commencer par là.
En turc, la traduction de Roza Hakmen passe pour la référence et elle est très louée.
Environ cinq cents pages.